Seul un homme, Vanessa Arraven

Quatrième de couverture

La colère du peuple gronde à nouveau. Après les indignés et les Gilets jaunes, un troisième mouvement s’est levé : les envoltés.
À Nantes, So Yun est une jeune femme issue d’une famille de militaires. Elle ne supporte pas les violences policières. Face à la faiblesse des institutions, elle se saisit d’un bokken, se masque et va dans la foule défendre les participants. Mais, prise entre deux feux, elle se refuse à frapper et se contente de dévier les tirs.
Sirin est une envoltée de la première heure. Avec l’apparition de ce protecteur fantomatique, elle trouve un symbole qui lui donne de l’espoir. La jeune femme décide de le soutenir à sa manière : en en parlant sur les réseaux sociaux. Pourtant, comme tout le monde, elle est convaincue que leur mystérieux défenseur est un homme…
Lors d’une manifestation, avant que So Yun ait eu le temps de s’équiper, un jeune homme est gravement blessé. Alors, tout bascule. Et la colère grandit, qui devient rage.

Mon avis

Cet ouvrage a été lu dans le cadre d’un service presse. Merci aux éditions Pygmalion ainsi qu’à Vanessa Arraven pour leur confiance.

Avant Seul un homme, Vanessa Arraven a publié d’autres textes sous le nom de Vanessa Terral, des histoires où la mythologie et le folklore avaient la part belle, souvent sises dans des contextes contemporains. Cela faisait longtemps que cette autrice, dont j’ai apprécié plusieurs oeuvres, n’avait pas publié de nouveau texte. C’est donc avec joie que j’ai retrouvé sa plume, sous son nouveau nom, avec cette revisitation de la légende de Mulan.

Je vais être honnête, de la légende de Mulan, je ne connais quasiment rien à part le fait qu’il s’agit d’une femme qui s’est vêtue en homme pour combattre. Et non, je n’ai même pas vu le dessin animé de Disney adapté de cette légende ! Je ne saurai donc pas vous dire ce qu’il en est en terme de reprise, fidélité ou changement par rapport à la légende dans le roman…

Seul un homme est résolument contemporain. Il décrit une France agitée par le mouvement des envoltés, des gens qui désirent passer à un nouveau modèle de société, plus juste, plus respectueux tant de l’humain que de l’environnement. Un mouvement social sévèrement réprimé par les forces de l’ordre. À Nantes, un mystérieux personnage, armé d’un bokken, s’active à protéger les manifestants de manière pacifique.

Le roman est court et se lit rapidement. On est vite pris dans ce récit tellement d’actualité. Les personnages principaux, So Yun et Sirin, sont elles aussi très contemporaines. Comme souvent avec Vanessa Arraven, une touche de fantastique se présente dans l’histoire mais ici, elle est tellement légère que je ne qualifierai pas le roman de fantastique.

De par ses thèmes d’actualité – au sujet des mouvements sociaux, des violences policières mais aussi du féminisme – Seul un homme se présente comme un roman nerveux, efficace, servi par une plume très fluide. J’ai quelques fois été déroutée par le ton très moderne du récit. Attention également aux âmes sensibles, il y a une scène qui peut vous heurter. Mais l’ensemble porte un message fort de la part de l’autrice et invite à réfléchir aux différents mouvements sociaux qui ont parcouru et parcourent encore la France. Le roman se termine sur un vrai souffle d’espoir, à l’image de celui porté par So Yun, Mulan des temps modernes.

Et si vous aimez la légende de Mulan, peut-être que vous y trouverez là une version contemporaine qui vous ravira ! 🙂

Éditions Pygmalion, 2020, 168 pages

Mers mortes, Aurélie Wellenstein

Quatrième de couverture

Mers et océans ont disparu. L’eau s’est évaporée, tous les animaux marins sont morts.
Des marées fantômes déferlent sur le monde et charrient des spectres avides de vengeance. Requins, dauphins, baleines…, arrachent l’âme des hommes et la dévorent. Seuls les exorcistes, protecteurs de l’humanité, peuvent les détruire.
Oural est l’un d’eux. Il est vénéré par les habitants de son bastion qu’il protège depuis la catastrophe, jusqu’au jour où Bengale, un capitaine pirate tourmenté, le capture à bord de son vaisseau fantôme.
Commence alors un voyage forcé à travers les mers mortes… De marée en marée, Oural apprend malgré lui à connaître son geôlier et l’objectif de ce dangereux périple.
Et si Bengale était finalement la clé de leur salut à tous ?

Mon avis

Cela faisait longtemps que j’avais ajouté plusieurs romans d’Aurélie Wellenstein dans ma LAL (Liste à Lire) mais je n’avais pas encore eu l’occasion d’en lire un (PAL monstrueuse, so many books so little time, bref, vous voyez ^^ »). Mers mortes fait partie des 5 ouvrages en lice pour le Prix Imaginales des Bibliothèques. Et la bibliothèque où j’officie y participe, justement, donc c’était le moment de découvrir enfin la plume de cette autrice ! 😉

Mers mortes nous présente un monde à l’agonie. Les océans et les mers ont disparu depuis plusieurs années, après des décennies d’agonie. Le monde est une fournaise. Quelques humains survivent mais la fin est proche. Et, régulièrement, des marées fantômes submergent tout. Des marées charriant les spectres de la faune marine, assoiffés de vengeance et qui dévorent les âmes des êtres vivants. Oural est un exorciste, doté d’un don psychique qui lui permet de se protéger et de protéger d’autres de ces marées fantômes. Quand Bengale, capitaine d’un bateau pirate fantôme, le capture, son existence bascule.

D’emblée, Mers mortes se positionne comme de la fantasy post-apo. Le message écologique est on ne peut plus clair, certaines scènes sont de véritables cris du coeur face aux horreurs que l’humanité peut faire subir aux animaux marins. Le fait que l’un des personnages secondaires soit une delphine, Trellia, permet de mieux se glisser dans la peau de ces animaux martyrisés. Bien que déjà sensibilisée à ces horreurs, lire ces scènes m’a vraiment peinée autant que fait éprouver de la honte pour notre espèce.

Mais ce message écologique passerait moins bien sans les personnages auprès desquels nous partageons maintes aventures périlleuses. Oural, personnage principal, a toujours vécu dans un cocon. Son statut d’exorciste en fait un jeune homme respecté, adulé, obéi. Aussi, quand Bengale en fait son otage, il lui faut ravaler sa fierté. Il lui faut s’adapter à cet équipage qui idolâtre son capitaine, malgré le sang qu’il a sur ses mains.

La relation entre Oural et Bengale évoluera finement, subtilement, au fil des pages et des (nombreuses) avanies qui leur arrivent. Voyager, dans un tel contexte apocalyptique, n’est pas de tout repos !

J’ai littéralement dévoré Mers mortes en un weekend. Le roman se lit tout seul, je me suis rapidement attachée à Oural, même dans ses moments tête à claques, et à Bengale, malgré ses sombres secrets et sa violence. Bengale qui, au fil des pages, nous apparaît bien plus nuancé qu’on ne pourrait le croire au début du roman.

La fin m’a tiré des larmes. Elle est tellement forte, tellement émouvante ! Si vous êtes sensibles, préparez vos mouchoirs.

C’est ma seconde lecture dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothèques mais la première pour laquelle j’éprouve un tel enthousiasme ! C’est pourquoi Mers mortes a droit à sa chronique ici, puisque le blog est réservé aux lectures que j’ai aimées 🙂

Édition Scrineo, 2019, 363 pages.

Midnight City, Rozenn Illiano

Quatrième de couverture

Écrivain inconnu, Samuel rencontre le succès par hasard et sa vie change du jour au lendemain – pas forcément pour le mieux, d’ailleurs. Introverti et grand timide, il se plie à sa nouvelle célébrité sans rechigner, rêvant pourtant de retrouver la quiétude de son anonymat.
Seulement un jour, il ne peut plus écrire : ses mots se sont enfuis, son imagination est à sec. Un peu par désespoir, Samuel accepte la proposition d’un mystérieux mécène qui lui offre tranquillité et ressources afin qu’il puisse retrouver la flamme.
Ce qui, en fin de compte, n’était pas une si bonne idée…

Mon avis

Début 2019, Rozenn Illiano – déjà autrice de plusieurs livres auto-édités – lançait un livre vagabond. Ce livre, Midnight City, était imprimé en un seul exemplaire puis libéré dans la nature. Le lecteur ou la lectrice qui mettrait la main dessus devait, après lecture, le relâcher. Le résumé de l’ouvrage me plaisait, je trouvait également le concept sympa. Malheureusement, tout le monde n’a pas joué le jeu et l’exemplaire a disparu. Du coup, je me suis rabattue sur la nouvelle-énigme Un voyage sur l’Atlas pour arpenter une première fois les rues de la Cité de Minuit. Fin 2019, Rozenn décidait d’éditer le roman en un nombre limité d’exemplaires. Un livre qui mêle les thématiques d’une cité onirique et de l’écriture, pensez-donc, je n’allais pas le laisser m’échapper ! J’étais d’autant plus conquise que j’avais adoré mon premier voyage en cette Cité. J’ai donc mis la main sur le roman et, à présent que j’en ai terminé la lecture, voici mon avis 🙂

D’un côté nous suivons Samuel Hugo, un auteur dont le premier roman édité a connu un succès fulgurant, de portée internationale. Un succès auquel il ne s’attendait pas en signant son contrat d’édition et qu’il ne vit pas très bien (ce qui est bien compréhensible étant donné qu’il est introverti). Alors que son roman date déjà, il est pressé de toutes parts pour un autre roman. Seul problème : l’inspiration le fuit. Alors quand Adam Remington, mystérieux et riche homme d’affaires, lui propose de devenir son mécène, l’offre est trop alléchante pour être refusée. Mais si elle est si alléchante, c’est peut-être aussi parce qu’elle cache un piège…

Entre les chapitres consacrés à Samuel s’intercalent d’autres où nous suivons les événements qui se déroulent dans la Cité de Minuit du titre. Une Cité où le Temps ne s’écoule pas, où il fait perpétuellement nuit, une Cité bâtie sur des rêves et des cauchemars. Cyan, pilote d’oniropostale, s’écrase brutalement sans comprendre pourquoi. Bientôt, il lui faut se rendre à l’évidence : quelque chose de terrible arrive à la Cité.

Au fil du roman, les deux récits d’abord parallèles s’entremêlent de plus en plus, jusqu’à former une mise en abyme – l’autrice joue d’ailleurs sur ce concept au point que l’on frôle la double mise en abyme ! ^^

J’ai beaucoup aimé mes promenades dans la Cité de Minuit, cette ville onirique toute en symboles et métaphores, où règnent la Lune et les étoiles, les rêves, le bleu. J’ai frémi en songeant à ce qu’elle risquait. Je me suis laissée délicieusement bercer par cet univers, tout en suivant l’évolution de Cyan au fil des événements.

Du côté de Samuel, j’ai trouvé très intéressantes toutes les réflexions autour de l’écriture que ses péripéties permettaient. Que ce soit le blocage, la peur de ne pas arriver à écrire à nouveau un récit aussi beau que le précédent, le syndrome de l’imposteur, l’hésitation à livrer ses histoires à d’autres yeux, et bien d’autres, Rozenn livre beaucoup de grain à moudre dans ces chapitres, des réflexions qui proviennent de son expérience personnelle. Bien entendu, le fait que je sois autrice moi-même a sans doute contribué à mon intérêt mais je pense que même pour une personne qui n’écrit pas, cette thématique est intéressante. Midnight City offre en effet un regard réel sur ce que peut être le processus d’écriture, loin des images d’Épinal.

Je n’étais pas toujours d’accord avec certaines façons de voir l’écriture évoquées par Samuel, mais cela ne m’a pas dérangée, bien au contraire : l’écriture reste quelque chose de très personnel, de viscéral, il est donc normal que, d’une personne à l’autre, d’un auteur à l’autre, le rapport à l’écriture revête différents moteurs.

Au niveau du style, le texte oscille entre phrases délicates, oniriques durant les passages situés dans la Cité de Minuit et style fluide et plus familier lorsque nous suivions Samuel, ce qui permet de bien marquer la différence de lieu de l’intrigue.

J’ai lu cet ouvrage assez rapidement, avide de connaître le destin de cette belle et mystérieuse Cité, frémissant de connaître le sort de Samuel. J’ai lu cet ouvrage comme un texte profondément personnel de la part de l’autrice, en raison de toutes ces réflexions autour de l’écriture.

Le seul petit bémol que j’aurais est sur un passage qui m’a sortie de ma lecture, au sujet de la maladie psychiatrique dont souffrais un personnage. La description de ses symptômes ne me semblait pas raccord avec la réalité de cette maladie et ça m’a fait tiquer.

Mais dans l’ensemble, Midnight City est un joli roman oscillant entre fantastique et fantasy, abordant avec beaucoup de sincérité le thème de l’écriture et proposant une visite enchantée de la Cité de Minuit. Une suite est en préparation, que je ne manquerai pas de lire lorsqu’elle paraîtra.

Auto-édition, 2019, 459 pages

Split Tooth, Tanya Tagaq

Quatrième de couverture

Fact can be as strange as fiction. It can also be as dark, as violent, as rapturous. In the end, there may be no difference between them.
A girl grows up in Nunavut in the 1970s. She knows joy, and friendship, and parents’ love. She knows boredom, and listlessness, and bullying. She knows the tedium of the everyday world, and the raw, amoral power of the ice and sky, the seductive energy of the animal world. She knows the ravages of alcohol, and violence at the hands of those she should be able to trust. She sees the spirits that surround her, and the immense power that dwarfs all of us.
When she becomes pregnant, she must navigate all this.

Mon avis

Tanya Tagaq est davantage connue pour sa musique. La chanteuse de gorge offre pourtant avec Split Tooth un premier roman remarqué, puisqu’il a notamment remporté le prix Indigenous Voices Award en 2019 (catégorie Prose publiée en anglais).

Split Tooth est un livre qui se joue des cases. C’est un collage de morceaux de vie, peut-être de la même jeune fille, peut-être de plusieurs jeunes filles différentes. Entre deux passages décrivant la vie de cette jeune fille qui grandit dans le Nunavut des années 70 se trouvent des poèmes. Un texte rédigé en Innuinaktun (un dialecte Inuit) figure aussi sur l’une des pages. Quelques illustrations en noir et blanc de Jaime Hernandez parsèment le texte.

Split Tooth se joue aussi des genres. Fiction ? Autobiographie ? La mythologie Inuit et les esprits animaux comme ceux de la Terre s’entrelacent avec des scènes réalistes. On pourrait donc étiqueter le livre dans la catégorie du réalisme magique, mais ce sera là réduire le contenu de cet ouvrage.

Split Tooth est rédigé par une Inuite et il évoque sans fard les problématiques rencontrées par ce peuple.  Les effets délétères de la colonisation, les traumatismes générationnels, les ravages de l’alcool et de la drogue, la difficulté de vivre alors que le gouvernement vous coupe de votre héritage culturel, occasionnant des blessures psychologiques profondes qui se répercutent de génération en génération. Split Tooth évoque aussi une spiritualité encore vivace, avec cette jeune fille qui voit des esprits, un renard humanoïde, qui tombe même enceinte d’une aurore boréale. Les croyances Inuites sont ainsi inextricablement liées au quotidien de cette jeune fille.

La jeune fille n’a pas de nom. Quasiment aucun personnage n’en a. Ils reflètent un peuple. Ils reflètent l’expérience de l’autrice comme celle de son entourage.

J’ai beaucoup aimé cet ouvrage. Il oscille entre poésie et crudité, entre instants de grâce et moments cruels. À l’image des paysages arctiques, magnifiques de blancheur mais sans pitié pour le voyageur impréparé. C’est le cri du coeur d’une artiste qui évoque par là de multiples facettes de son peuple, sans en occulter les aspects les plus sombres. Le cri de colère d’une femme pour faire écho à ceux, nombreux, des femmes indigènes victimes de viol ou meurtre. Le livre leur est d’ailleurs dédié, ainsi qu’aux survivants des écoles où le gouvernement a envoyé des Inuits pendant de nombreuses années, pour les déculturer. Des écoles où de nombreux abus ont été commis. Des écoles que Tanya Tagaq elle-même a connues.

Split Tooth est un magnifique livre, sans concession, aussi beau et mordant que la glace qui recouvre l’Arctique, aussi poétique et dangereux que les ours blancs, aussi délicat et froid que la neige. Entre phrases de pure poésie et vocabulaire cru se dessine la vie quotidienne de cette jeune fille du Nunavut, profondément entrelacée avec le folklore mythologique Inuit, vivant dans un environnement hostile où la frontière entre le bien et le mal, entre le réel et l’irréel, est brouillée.

Si vous ne lisez pas l’anglais, la version française de cet ouvrage paraîtra mi-mars aux éditions Christian Bourgois sous le titre Croc fendu.

Éditions Viking, 2018, 193 pages.

Le bal des ombres, Joseph O’Connor

Quatrième de couverture

1878, Londres. Trois personnages gravitent autour du théâtre du Lyceum : Ellen Terry, la Sarah Bernhardt anglaise ; Henry Irving, célèbre tragédien shakespearien ; et Bram Stoker, futur auteur de Dracula. Loin d’une légende dorée, la destinée de Stoker se révèle chaotique. Dans ce livre inventif, Joseph O’Connor utilise toutes les ressources du romanesque. Le lecteur tombe sous le charme de la repartie cinglante d’Ellen, des caprices tonitruants de Henry et de ce comte mystérieux tapi dans l’imagination de Bram.

Mon avis

La première chose qui m’a attirée vers ce livre, c’est sa couverture. Bleu de nuit, mystérieuse et surréelle, avec cette femme portant un croissant de lune sur un plateau et le Londres du XIXe – tout du moins, j’imagine que la scène qui transparaît sous sa robe est celle d’une rue londonienne du XIXe siècle. La seconde, c’est sa quatrième de couverture. Y est mentionné Bram Stoker et cela a suffit à me faire acquérir l’ouvrage ! Je ne connaissais ni Henry Irving, ni Ellen Terry, mais la simple évocation du célèbre auteur de Dracula avait déjà aiguisé ma curiosité.

Autant vous prévenir de suite, même si l’auteur, lui, ne le fait qu’à la fin : il s’agit là d’une fiction historique, autrement dit une biographie romancée, autrement dit encore la fiction se mélange tellement avec les faits historiques, de telles libertés sont prises avec l’Histoire que l’ouvrage doit s’approcher davantage comme un roman que comme un livre précis sur certains moments de la vie de nos trois artistes.

L’avertissement posé, je dois dire que la quatrième de couverture n’a pas menti ! En lisant Le bal des ombres, je me suis retrouvée plongée dans le bouillonnant Londres artistique de cette époque ! La majorité de l’intrigue tourne autour du fameux Lyceum, théâtre où vont travailler, se croiser, s’aimer, se détester, s’apprécier les acteurs Henry Irving et Ellen Terry ainsi que l’écrivain Bram Stoker (même s’il ne connaîtra pas le succès de son vivant). Autour d’eux graviteront quelques têtes connues (Oscar Wilde) et, en arrière-plan, plane la menace de Jack l’Éventreur.

Au fil du texte, on rencontre également, ici et là, des traces de la présence du célèbre comte buveur de sang qui a fait rentrer Bram Stoker au panthéon des auteurs classiques de fantastique. Tout cela recrée le formidable chaos qui entoure inévitablement un travail créatif ; le bazar de la préparation d’une pièce de théâtre avant la transfiguration, sur scène, de l’histoire par toute l’équipe qui y a travaillé ; le besoin de solitude de l’auteur pour se mettre à son ouvrage et comment ce qu’il vit, observe, éprouve, bouillonne dans son inconscient telle une potion de sorcière dans un chaudron, avant de pouvoir être couché sur le papier.

Les trajectoires de nos trois têtes connues sont également dépeintes – de manière romancée, bien évidemment – et forment une description douce-amère de leurs différentes destinées. La dernière partie, particulièrement, est à la fois triste et attachante. Personnellement, les dernières pages m’ont laissée le coeur un petit peu serré, je l’avoue. Joseph O’Connor a su décrire fort bien tant la jeunesse que les dernières années de ses illustres personnages.

L’histoire est également servie par une plume dont je me suis régalée ! De nombreux passages aux métaphores inhabituelles, poétiques, frôlant le réalisme magique, côtoient des répliques plus truculentes. Entre descriptions imagées et répliques pleines de gouaille, Joseph O’Connor joue sur un bel équilibre et casse régulièrement le rythme en glissant des lettres fictives ou des retranscriptions d’interviews ou de journaux intimes. Un procédé qui, loin de sortir du texte, permet de garder en éveil un lecteur qui pourrait autrement être hypnotisé par les descriptions si métaphoriques et pourtant ancrées dans tous nos sens qui émaillent le récit. J’ai du noter plusieurs citations, tellement les phrases qui m’ont marquée sont nombreuses.

Pour résumer, je n’ai pas regretté une seconde cet achat imprévu en ce début d’année !

Éditions Rivages, 462 pages, 2020

Cette lecture s’inscrit dans le challenge XIXe organisé par Alphonsine (validation du sous-menu L’atelier de Toulouse Lautrec du menu Scènes de la vie de Bohème).