Les révoltés d’Athènes, Mathilde Tournier

Quatrième de couverture

Ve siècle avant J.-C. Au bout d’une guerre interminable, la puissante flotte d’Athènes est réduite en cendres par l’armée de Sparte. Rescapé du massacre, le bel Héraclios, citoyen de vingt-deux ans, rentre chez lui, au Pirée, où l’attendent sa mère et sa soeur Myrto. La cité est méconnaissable : vide, paralysée par la faim, le froid, et bientôt assiégée par les Spartiates.
Pour survivre, protéger les siens et défendre la démocratie de la tyrannie des Trente, Héraclios est prêt à tout.

Mon avis

Après La fille du monstre de Florence Aubry, qui abordait avec beaucoup de délicatesse le thème des conséquences du suicide sur les proches, Les révoltés d’Athènes est ma seconde lecture d’un ouvrage de la collection Scripto des éditions Gallimard. Et vu comment cette lecture m’a plu et interpellée, je pense que je vais aller fouiner d’un peu plus près dans cette collection !

Les révoltés d’Athènes aborde un épisode de l’Histoire de la Grèce antique de façon fracassante. Le style de Mathilde Tournier est en effet résolument contemporain. Cela rend le récit d’Héraclios d’autant plus vivant et d’autant plus accessible. Héraclios nous raconte son histoire à la première personne du singulier. On s’attache très vite à ses pas.

J’avoue, au début de ma lecture, j’étais intéressée mais pas plus que ça. Et puis… et puis le charme du livre a fait son office. Je me suis surprise à enchaîner les pages, à avoir de la peine à lâcher le livre. Entre le suspense lié au sort d’Héraclios, de ses proches, de sa cité ; l’intérêt historique (le style choisi rend vraiment tout ce pan de l’Histoire aussi vivant que s’il s’était déroulé hier) ; les guest-stars de la Grèce antique qui apparaissent de temps à autre dans le récit (Socrate et ses petites piques philosophiques, poussant le héros – et nous avec – à nous interroger sur certains concepts) et, ici et là, des réflexions sous-jacentes sur la démocratie, son rôle, ses faiblesses, Les révoltés d’Athènes est un court roman historique enlevé et ancré dans notre présent, bien que parlant du passé.

J’ai beaucoup apprécié également le fait que les relations homosexuelles du personnage principal – qu’elles soient amoureuses ou nées de la nécessité – soient abordées avec un naturel tout à fait plausible, étant donné les moeurs de l’époque. Héraclios partage en effet ses états d’âme sans complexe ni embarras, ni sans s’y attarder, sauf lorsqu’il se surprend à s’attacher à quelqu’un.

Mais c’est surtout avec le fil rouge de l’intrigue, autour de la tyrannie des Trente et de la lutte contre cette tyrannie, que j’ai trouvé que ce livre pouvait entrer en résonnance avec les remous qui agitent nos démocraties modernes.

Cerise sur le gâteau (ou plutôt livre sur ma PAL), ce petit roman m’a donné envie, l’air de rien, d’aller bouquiner du côté des oeuvres de Socrate et de Platon (certes, le style sera certainement moins accessible que celui de Mathilde Tournier. Mais à mes yeux, si un auteur m’a donné envie de creuser plus loin, c’est un très bon signe de l’impact de son oeuvre !).

Bref, ce roman pour jeunes adultes est une vraie réussite dans sa façon d’allier le passé et le présent ! 🙂

Éditions Gallimard Jeunesse, 239 pages, 2019

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La Trilogie Yan Solo, Ann C. Crispin

Quatrième de couverture

AN -10
Il fut sur Corellia un enfant sans passé, un gosse des rues, nourri de rien, puis recueilli par une bande de hors-la-loi de l’espace. Maintenant, las de leur tyrannie, hanté par des rêves de gloire, Yan choisit de poursuivre sa route, libre et indépendant.
Son rêve : devenir pilote dans la flotte impériale. Et, pour commencer, acquérir l’expérience nécessaire en vol spatial. Il prend alors un boulot sur la planète Ylesia – un monde de fanatisme religieux, de drogues, de sensualité illicite… un monde où les rêves sont détruits, l’évasion impossible.
Yan Solo a encore bien du chemin à parcourir et n’imagine pas un seul instant le destin qui sera le sien, de contrebandier à chef de file de la Rébellion…

Mon avis

Lorsqu’il a fallu choisir mon pavé pour cet été 2019, sachant que le nom du Challenge Star Wars de cette année serait Solo, autrement dit mon personnage chouchou de la saga Star Wars, je n’ai pas cherché bien longtemps. La Trilogie Yan Solo dormait en effet dans ma PAL depuis sa sortie fin 2016, c’était le moment idéal pour m’y plonger ! 🙂

On passera sur la nouvelle édition qui a conservé la même traduction qu’à l’époque, avec un Y au lieu d’un H pour le prénom du plus célèbre des contrebandiers de la galaxie. La couverture quant à elle reprend peu ou prou les codes des affiches des épisodes IV, V et VI, pour mon plus grand plaisir 🙂

Cette intégrale reprend les trois volumes parus séparément dans ses précédentes éditions et qui composent la Trilogie. On retrouve donc, réunis, Le Coup du ParadisLe Gambit du Hutt et L’Aube de la Rébellion.

On commence en fanfare avec un tout jeune Yan qui échappe à son mentor aussi bien que tourmenteur, au prix de la vie de la Wookie qui faisait office de mère de substitution à cet orphelin. Yan ambitionne de devenir pilote, le meilleur de toute la galaxie. Mais pour prétendre à l’Académie impériale, il lui faut des crédits. Il s’engage donc auprès d’Ylesia, planète de traitement d’épice. Où il découvre une vérité pas du tout rose, des gens mis en esclavage grâce à un lavage de cerveau. Parmi eux, une femme va attirer son attention, Bria.

Voilà pour le point de départ. Tout au long des trois volumes de cet omnibus, on retrouvera en fil rouge les événements survenus à Ylesia suite aux aventures de Yan ainsi que leurs conséquences. Au fil de ces pages, nous découvrirons également la naissance des amitiés de Yan (avec son coéquipier Chewbacca et avec Lando Calrissian), ses premiers démêlés avec le chasseur de primes Boba Fett, la racine de ses problèmes avec Jabba, la fameuse course de Kessel et, bien entendu, la façon dont il gagna le Faucon Millenium au cours d’une partie de sabbac !

L’éternel air canaille du contrebandier parcourt de bout en bout les pages, accompagné de sa propension à séduire la gent féminine. Leia ne fait qu’une apparition éclair, d’ailleurs, sous la forme d’un portrait, et Yan est alors loin de se douter du rôle que tiendra ce petit bout de femme dans sa vie plus tard ! 🙂

Nous sommes dans des romans Star Wars. Autrement dit, ce n’est pas là que vous trouverez des exercices de style poussés. Non, le style est direct, fluide, en lien avec l’action échevelée propre aux films Star Wars. Les personnalités des différents personnages iconiques sont respectées. Le personnage de Bria, qui apparaît d’abord comme une simple « demoiselle en détresse », connaît au fil des tomes un développement important, ce qui équilibre bien ses rapports avec Yan.

Entre batailles spatiales et contrebandes, on ne peut pas dire qu’on s’ennuie ! 🙂 Il y a aussi beaucoup de développement apporté au sujet des moeurs des Hutt, ça ne les rend pas plus sympathiques mais c’est plutôt intéressant de mieux comprendre leur façon de penser.

Bref, en bonne fan du personnage, je me suis régalée à suivre ses multiples aventures ! 🙂 C’était une excellente lecture estivale, pas prise de tête pour un sou, respectueuse de l’univers Star Wars et de ses personnages iconiques, avec un final qui fait le lien avec la première apparition du contrebandier et du Wookie dans La Guerre des Étoiles.

Ayant revu le film Solo récemment, je n’ai aussi pas pu m’empêcher de penser que les scénaristes avaient du puiser quelques idées dans cette Trilogie

Pour finir, je vous invite à également jeter un oeil à la chronique de Blanche sur cet ouvrage. Elle est également fan de ce cher Solo et sa chronique pétillante vaut la lecture ! 🙂

Édition Pocket, 859 pages, 2016.

Cette lecture s’inscrit dans les challenges Summer Star Wars : Solo organisé par RSF Blog et Pavé de l’été organisé par Sur mes Brizées.

Hazel Wood, Melissa Albert

Quatrième de couverture

« Ne t’approche sous aucun prétexte d’Hazel Wood. »
Ces quelques mots, laissés par la mère d’Alice juste avant son enlèvement, scellent à tout jamais le destin de la jeune fille.
Hazel Wood, la résidence légendaire d’Althea Proserpine, auteure des célèbres Contes de l’Hinterland. Hazel Wood, d’où semblent s’échapper des personnages inventés par Althea. Hazel Wood, où sa petite-fille, Alice, va devoir s’aventurer. Hazel Wood, dont personne ne revient jamais.
Et si Hazel Wood était bien plus qu’un simple manoir ? Un leurre ? Une porte d’entrée sur un autre monde ? Et si Alice était bien plus qu’une simple New-Yorkaise ? Une princesse ? Une tueuse ?
Il était une fois… Hazel Wood.

Mon avis

Hazel Wood a fait partie de mes semi-coups de coeur de l’année 2018. Pourquoi semi ? Je vais y revenir plus loin.

Je n’aurais sans doute jamais eu connaissance de ce livre si je ne l’avais pas vu passer sur le Net – je ne me rappelle plus quelle personne avait parlé de cette lecture sur son blog ou son Twitter, mais toujours est-il que la couverture – délicieusement foisonnante – comme le résumé m’avait interpellée.

Fin 2018, donc, je me lance enfin dans sa lecture. Lecture que j’entame dans le train. L’histoire est celle d’Alice, jeune fille en perpétuelle errance avec sa mère. Les deux femmes espèrent cependant se fixer enfin lorsque la mystérieuse grand-mère, une autrice célèbre de contes, décède. Dès lors, d’étranges et inquiétants événements se produisent, jusqu’à pousser Alice à enfreindre l’interdit que lui avait fixé à sa mère : ne jamais, jamais approcher du domaine où vivait sa grand-mère.

J’ai très vite été happée par cette histoire. Il faut dire que j’avais de quoi être séduite ! L’autrice, Melissa Albert, a puisé dans les contes de fées (les originaux, ceux des frères Grimm, ceux des temps où les contes n’étaient pas pour les enfants et recelaient nombre d’aspects sombres). Non seulement cela, mais elle utilise ce riche terreau pour concevoir son univers, jusqu’à en extraire un conte original : Hazel Wood.

J’ai adoré découvrir les contes de l’Hinterland, imaginés par Althea. J’ai adoré glisser, aux côtés de l’héroïne, de la familiarité de nos villes urbaines à l’étrangeté magique des royaumes féeriques. J’ai adoré découvrir les inquiétantes figures féeriques qui dansent autour d’Alice. Et surtout, j’ai adoré suivre le cheminement de cette jeune fille, qui va de découverte en découverte, qui scelle son destin sans le savoir lorsqu’elle se rend à Hazel Wood.

Ensorcelée ? C’est le sentiment que j’ai ressenti au fil de la première partie du livre. Je m’en suis vraiment arrachée de mauvaise grâce, lorsqu’est arrivée l’heure de changer de train. J’étais dans une sorte de torpeur, comme encore embrumée de toute cette magie. Et lorsque je me suis replongée dans le livre, pour la dernière partie, je n’ai pas réussi à retrouver cet envoûtement. Est-ce parce que ce fameux changement de train, en me tirant brutalement hors de ma fantastique lecture, m’a coupée dans mon élan ? Est-ce que parce que le final tient un peu trop du soufflé qui s’effondre ?

Pourtant, Hazel Wood est une très belle variation autour d’un thème commun à la féerie (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler). Une véritable ode aux contes dans ce qu’ils ont de plus sombres mais aussi de plus riches en terme d’enseignements. Alice suit réellement tout un parcours initiatique, à l’instar de tous ces héros et toutes ces héroïnes de contes. Elle sortira changée de tout ce qu’elle va vivre. Changée, grandie. Mûrie.

Mais cette seconde partie où j’ai eu la sensation de manquer de la magie de la première fait que, pour moi, Hazel Wood est un semi-coup de coeur.

Il n’empêche, je me jetterai sans aucune hésitation dans la suite de ce roman, suite annoncée en V.O. pour l’année 2020. Je sais d’avance que je vais adorer retourner là-bas, dans les féeriques mais dangereuses contrées d’Hinterland…

Éditions Milan, 384 pages, 2018

La fille du monstre, Florence Aubry

Quatrième de couverture

Comment vivre avec un papa qui a voulu partir?
Un père qui a voulu en finir.
Un père qu’on ne reconnaît plus, dont le visage aimé a disparu, pulvérisé. Et devenir du jour au lendemain la fille d’un monstre aux yeux des autres…

Mon avis

C’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai abordé La fille du monstre. Le sujet principal du livre, à savoir le suicide et ses conséquences sur les proches, est en effet des plus délicats. Et quand on est, comme moi, une âme sensible, il y a de quoi s’inquiéter de la façon dont le livre pourrait traiter un sujet aussi douloureux.

Mais Florence Aubry traite ce difficile thème avec une délicatesse rare. Nous vivons l’histoire du point de vue de Tess. Depuis le jour où son père a tenté de se tuer. Un acte désespéré auquel il survit, certes, mais qui le laisse défiguré à vie. Et pour Tess commence alors un douloureux chemin. Dans son village, elle n’est désormais plus que « la fille du monstre », un sobriquet lourd à porter quand on est encore une petite fille. Surtout, elle ne comprend pas la raison de cette tentative de suicide.

Le livre est court mais il n’a pas besoin d’être plus long. Avec les mots de Tess, avec sa sensibilité, l’autrice met en lumière les conséquences du suicide sur les proches. Elle nous présente le cheminement d’une adolescente qui mettra des années avant d’accepter, puis de pardonner à ce père qui, un jour, lui est soudainement devenu si étranger. Et elle le fait avec une plume précise, à la fois pudique mais sincère, sans tirer le sujet vers le glauque ou le pathos.

Un exercice d’équilibre d’autant plus remarquable qu’il est brillamment réussi. Malgré tout, si le livre s’adresse à un public d’adolescents et de jeunes adultes, si le sujet est bien traité, je pense que sa lecture nécessite un minimum d’accompagnement pour les plus jeunes ou les plus sensibles.

Éditions Gallimard Jeunesse, 192 pages, 2019

Comment le dire à la nuit, Vincent Tassy

Quatrième de couverture

La dame en noir vivait seule dans son château. Elle ne pouvait pas mourir. De tout ce temps qu’elle avait, elle ne faisait rien. Et puis un jour, elle trouva sur son chemin le garçon aux cheveux blancs.
Elle l’enleva.
Elle voulait vivre une histoire. Une histoire d’amour et de nuit qui traverserait les siècles.

Mon avis

Si, en lisant le résumé, vous pensez avoir affaire à une nouvelle histoire romantique et vampirique façon Twilight, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil, jusqu’au coude. La couverture, avec son cygne noir et ses fleurs toutes en noir et blanc sur fond de pleine lune, donne pourtant le ton. Tout comme le titre. Comment le dire à la nuit est un roman mélancolique et romantique, dans le sens littéral de ses termes.

Plusieurs personnages vont se croiser au fil du texte, comme au fil des époques. Adriel, captif d’Athalie, la fameuse dame en noir du résumé. Egmont, jeune homme du XIXe siècle promis à un mariage arrangé alors qu’il entretient une relation aussi passionnée que secrète avec son ami Léopold. Rachel, de nos jours, qui traverse la vie comme si elle n’en attendait que la fin. Sauf lorsqu’elle écoute les chansons de Cléopâtre, chanteuse à la voix subjuguante. Parascève, jeune femme transexuelle passionnée de livres à l’eau de rose et qui travaille dans ce domaine.

Tous ces personnages vont, au fil de l’intrigue, se croiser, s’aimer, vivre des déchirements. Le tout sous la menace perpétuelle d’Athalie, aussi folle qu’immortelle. Athalie, qui n’hésite pas à massacrer, à transformer des êtres pensants en pantins de chair, pour satisfaire ses désirs les plus étranges et les plus fous.

Le récit nous entraîne d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre, tisse des carrefours entre eux pour mieux les éloigner ensuite, à la manière d’un ballet. Malgré son apparente complexité, on se laisse vite envoûter par la toile réalisée de main de maître par Vincent Tassy.

Comment le dire à la nuit est servi par une plume très poétique, qui rend à merveille toute la mélancolie exsudant de ces personnages. D’ailleurs je vous déconseille la lecture de cet ouvrage si vous êtes dans un moment difficile. C’est une histoire de solitude, de folie, de perte, de tristesse, d’amours contrariées (parfois de manière déchirante). Une histoire romantique dans le sens des romantiques du XIXe siècle, avec cet aspect mortifère qui plaisait tant dans le genre. Une histoire qui, à mon sens, s’inscrit parfaitement dans la mouvance du roman gothique, mais dans un cadre moderne (pour les parties du récit se déroulant à cette époque).

Si vous avez envie de lire une histoire de vampires résolument différente, si vous aimez les romans gothiques classiques, vous trouverez là un excellent roman gothique moderne. Certes, il ne respire pas la joie de vivre, mais il est rédigé avec une plume magnifique et l’auteur décrit ses personnages avec une tendresse visible, malgré le cauchemar dans lesquels il va les plonger.

Aux âmes sensibles, un petit avertissement cependant, l’ouvrage comporte des scènes difficiles.

Éditions du Chat Noir, 368 pages, 2018