Colonies, Laurent Genefort

Quatrième de couverture

Dix récits. Dix histoires de colonies futures, planétaires ou spatiales. Et huit lettres pour un mot qui porte en lui l’essence du space opera. Que Laurent Genefort revisite en maître via la multipolarité de son sujet : l’imaginaire colonial, l’idéologie coloniale, l’aventure coloniale, les horreurs coloniales…
La nature humaine sous l’éclairage de soleils exotiques et lointains, en somme. Le coeur battant de la science-fiction.

Mon avis

Ce livre a été lu et chroniqué suite à sa réception dans le cadre de l’opération Masse Critique. Merci aux éditions Le Bélial ainsi qu’à Babelio pour leur confiance !

Bien que grande amatrice des genres de l’imaginaire, je lis peu de science-fiction pure et dure, privilégiant davantage les genres fantasy et fantastique. Mais quand je me lance dans la lecture d’un ouvrage SF, je me tourne souvent vers du space opera. Et un même auteur revient régulièrement dans mes rayonnages : Laurent Genefort. Avec Colonies, l’auteur nous propose un recueil de nouvelles, un format différent des romans que j’avais lu de lui jusqu’alors. Colonies s’attache à nous présenter différentes nouvelles appartenant au sous-genre du space opera (ça tombe bien, c’est mon chouchou dans la SF ! ^^). Des nouvelles où sont abordés différents aspects de la colonisation, en l’occurrence spatiale et planétaire.

Fidèle à mes habitudes, je vais vous présenter chaque texte et donner mon avis pour chacun !

Le Lot n°97 démarre tout en fanfare et en poésie. Dans ce texte tout aussi fascinant que révulsant par moments, Laurent Genefort s’attache à nous présenter différentes émanations artistiques au travers d’un collectionneur si passionnée qu’il en frôle la folie. Une jolie réflexion sur le sens de la beauté artistique, transposée aux cultures les plus exotiques qui soient – celles non humaines.

Le Dernier salinkar nous jette dans une toute autre ambiance. Les salinkar sont d’étranges et placides créatures qui se meuvent sur la planète où le personnage principal habite. Tellement placides qu’ils sont facilement tués. Une nouvelle qui évoque la terrible manie de l’Homme à bouleverser les écosystèmes des lieux où il se fixe.

Le Bris est une superbe nouvelle entièrement sise sur une planète très étrange, couverte d’un liquide gélatineux et vivant appelé le sum. Une poignée de gens survivent tant bien que mal sur une bande de terre émergée, essayant de repousser la montée inexorable du sum. À la fois poétique et désespérée, ce texte m’a rappelé Solaris de Stanislas Lem par son décor mais la ressemblance s’arrête là. L’histoire de Laurent Genefort possède son ambiance et ses réflexions propres.

Je me souviens d’Opulence est un texte au format original : un colon, sur une planète nommée Opulence, se rappelle par fragments différents souvenirs de sa vie, de la petite enfance à la grande vieillesse. Autant de fragments qui esquissent, petit à petit, la vie sur cette planète.

Le Jardin aux mélodies se place comme une enquête policière, le narrateur étant un commissaire chargé de retrouver la soeur disparue de Bathilde. L’intrigue se déroule, comme de bien entendu, sur une autre planète. L’autre particularité, c’est la passion qu’entretenait la disparue pour les plantes venues d’autres planètes et qui ont la capacité de générer des sons. Une nouvelle charmante, malgré son contexte issu du roman noir.

Longue vie nous emmène au sein d’un jeu terrible que dispute Idun, une très très vieille dame éternellement jeune grâce aux avancées génétiques. Ce texte froid analyse finement les conséquences de l’isolement comme d’une telle longévité.

T’ien-Keou reste dans le côté glacé de la SF, où la technologie efface l’humanité. On change en revanche de contexte culturel, la station spatiale où se déroule l’histoire étant peuplée des descendants d’un peuple d’origine asiatique. Malgré les siècles, des traditions ont perduré. Mais là aussi, les progrès technologiques ont modifié la donne. La chute est aussi glaçante qu’inattendue !

La Fin de l’hiver propose une très beau quoique très dur texte autour d’un petit groupe issu d’une contrée éternellement sombre et gelée, un groupe persuadé que leur salut est dans les cieux. Mais encore faut-il échapper au filet invisible qui découpe tout être passant contre ses mailles.

Proche-Horizon est, je crois, ma préférée du recueil, même si toutes les nouvelles se valent en qualité. Elle se déroule sur un astéroïde où les colons vivent en symbiose avec des sortes d’insectes intelligents, les osmos. Une jeune femme, Olga, arrive dans l’optique de leur vendre un produit de sa société. Son véritable but diffère quelque peu. La façon de vivre de ces humains, toute étrange qu’elle soit, offre un singulier contraste avec celle présentée dans Le dernier salinkar. Malgré la révulsion qui peut prendre dès lors que l’on parle d’insectes, j’ai trouvé ce texte empreint d’une certaine sérénité.

L’Homme qui n’existait plus clôt le recueil à la manière d’un bon coup de poing asséné dans l’estomac. Il s’agit d’un huis clos. On est très rapidement plongé dans l’ambiance, se sentant tout aussi pris au piège que le personnage principal. Comme la plupart des nouvelles de ce recueil, Laurent Genefort propose en sous-texte de fines analyses des différents comportements humains, mais j’ai encore des frissons rien qu’à me rappeler certains passages de ce texte véritablement angoissant par son côté enfermant, voire même aliénant. La chute est une totale réussite et assomme complètement le lecteur par un bon revers du droit. Un bijou !

Sous une superbe couverture de Manchu, Colonies est un superbe recueil de nouvelles de science-fiction. Chaque texte est bien écrit et nous emmène dans des univers différents. Chaque texte, cependant, provoque son lot d’émotions chez le lecteur. Si la noirceur prédomine souvent, quelques nouvelles, voire même des passages dans certains textes les plus sombres, offrent une poésie bienvenue. Avec ce recueil, Laurent Genefort prouve qu’il est aussi doué pour la forme courte que pour le format long. À lire absolument si vous aimez la science-fiction – a fortiori le space op’ – et les univers froids, mais variés, où évoluent des personnages à la psychologie travaillée.

Éditions Le Bélial, 345 pages, 2019

Publicités

Pline t. 5 et 6, Mari Yamazaki, Tori Miki

Mon avis

Pline t. 5 Sous les vents d’Éole

Reprenons les chroniques des volumes de Pline, le manga qui évoque le personnage historique éponyme. Dans le volume 5, Pline et ses compagnons vont recueillir un étrange enfant accompagné d’un corbeau. Nos héros voyagent beaucoup et c’est l’occasion de découvrir, toujours avec un dessin superbe, leur trajet en bateau, des volcans et même des peuplades humanoïdes fantaisistes. Nous sommes dans l’Antiquité romaine et, à l’époque, les récits de voyage s’ornaient souvent de récits de peuples ou animaux fabuleux, dont les descriptions étaient retranscrites dans les ouvrages naturalistes car considérés comme vraies. Blemmyes, Himantopodes et bien d’autres figurent donc au fil des pages. À l’instar des précédents volumes, nous retrouvons donc la vision du monde telle qu’elle était à l’époque, notamment via les yeux de Pline, passionné par la nature et ses extraordinaires manifestations.Pline t. 6 Carthage la Grande

Changement d’atmosphère dans ce volume 6. Si l’évasion est toujours au rendez-vous, nous retrouvons également Rome et tout ce qui se trame dans le palais de Néron. L’empereur approche de sa chute, une chute facilitée par un comploteur qui oeuvre dans l’ombre et que nous, lecteurs, voyons agir non sans frissonner. Inconscients de tout cela, Pline, Euclès, Félix et l’enfant qui les accompagne désormais poursuivent leur périple. Ils se rendent à Carthage, voyagent dans le désert, l’occasion pour nous de découvrir de splendides cases car les dessins, s’ils sont toujours de qualité, présentent là de très beaux paysages désertiques. On s’y croirait ! Au fil du récit, nos héros découvrent que l’enfant recueilli est phénicien. Ils s’acheminent ensuite vers Tyr.

Ces deux volumes sont à la hauteur des précédents. J’ai adoré suivre les voyages de Pline et sa compagnie, toujours propices à des découvertes naturalistes étranges ou corroborées depuis, ainsi qu’à de splendides dessins. J’ai adoré frissonner face à la folie grandissante qui règne dans le palais de Néron, entre la folie furieuse de l’empereur et celle, plus glacée, que l’attrait du pouvoir fait naître chez certains membres de son entourage.

Éditions Casterman, 186 pages (vol. 5) et 184 pages (vol. 6), 2018

Une chambre à soi, Virginia Woolf

Quatrième de couverture

Bravant les conventions avec une irritation voilée d’ironie, Virginia Woolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu’à une époque toute récente, les femmes étaient savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, nécessairement, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi.

Mon avis

Je ne me rappelle plus où j’ai vu ce titre, au sein d’une bibliographie. Était-ce dans une liste d’ouvrages féministes à lire ? Je ne me souviens plus. Toujours est-il que ce livre avait retenu mon attention car il évoquait les femmes et l’écriture – deux sujets qui me concerne ^^ C’était aussi l’occasion, pour moi, de découvrir la plume de Virginia Woolf, une autrice passée à la postérité.

Une chambre à soi est un essai et non pas un roman, même si l’autrice se glisse dans la peau d’une romancière fictive pour explorer son sujet (et ainsi mieux éviter les reproches des critiques masculins) (on va y revenir plus tard). Le point de départ d’Une chambre à soi c’est, pour la narratrice, de répondre au sujet qui lui a été posé, à savoir : les femmes et le roman. À partir de là et au fil de ses pérégrinations tant à l’université qu’en bibliothèque pour nourrir sa réflexion, la narratrice va partager avec nous tout ce que ces deux mots mis en rapport lui évoque.

Une chambre à soi à beau avoir été publié pour la première fois en 1929, son contenu reste d’une grande modernité. La plume de Virginia Woolf n’a rien perdu en terme d’accessibilité et d’ironie – ah ! Cette délicieuse façon, si anglaise, de placer une phrase mordante sous une exquise politesse ! – et ses réflexions sont toujours d’actualité.

Virginia Woolf creuse son sujet sur 171 pages – cela paraît court et pourtant, son propos est extrêmement riche. Au point que je me suis d’ores et déjà promis de relire régulièrement cet essai, qu’il me semble en effet indispensable de lire au moins une fois dans sa vie, que l’on soit une femme ou pas, d’ailleurs. C’est riche au point que je sais déjà que je terminerai cette chronique en ayant l’impression de n’en avoir pas assez dit sur ce livre.

En plus d’explorer la condition féminine et ses contraintes, l’écriture et ses affres, la narratrice tente d’imaginer ce qu’aurait laissé à la postérité la soeur de Shakespeare. Conclusion : elle aurait péri jeune, son génie étouffé, et n’aurait jamais pu laisser libre cours à sa créativité. Pour exemples, Virginia Woolf prend entre autres Lady Winchilsea, poétesse des XVII-XVIIIe siècles. Elle écrivit entre autres sur la condition des femmes de lettres de son époque. La narratrice souligne comment ses écrits furent moqués, voire conspués par des critiques – tous masculins. Cet exemple est cité au fil de toute une recherche de la narratrice, qui s’étonne qu’il n’y ait aucune oeuvre écrite signée de la main d’une femme avant une époque assez récente. C’est de là qu’elle relie l’expression de la créativité littéraire féminine aux contraintes que les femmes subissent, de manière générale, au quotidien.

Ce ne sont pas là les seuls sujets de l’essai. Il est abordé également la question du jugement des écrits féminins (souvent par des hommes), de la construction psychologique des femmes (dans des livres écrits par des hommes), et, de manière plus large, de la façon dont sont perçus (par des hommes) les femmes qui se lancent dans l’écriture. Chaque fois, Virginia Woolf utilise des tournures de phrase si ironiques que j’en souriais. Elle a une façon exquise de tenir des propos acérés (mais bien vus) sans laisser la moindre aspérité où un détracteur pourrait s’accrocher (et donc l’attaquer). Une façon de faire qu’elle revendique même – certaines lignes sont très claires quant au fait qu’elle ne désire pas s’exprimer autrement pour ne pas prêter le flanc à de virulents critiques masculins. Et c’était en 1929 !

Virginia Woolf – à travers sa narratrice – conclut que, pour pouvoir écrire, une femme a besoin d’argent, de temps et d’une chambre à soi. On pourrait penser qu’aujourd’hui, en 2019, les femmes n’ont jamais eu autant d’argent, de temps et de chambre à elles. Qu’elles peuvent donc écrire comme bon leur semble. Eh bien… c’est justement parce que cette pensée s’avère fausse que j’ai lu ce livre avec un grand intérêt. Il suffit de voir le portrait de l’auteur-type de la rentrée littéraire 2018 dressé par Livres Hebdo pour s’en convaincre : l’auteur moyen est un homme de 55 ans. Un portrait-type qui, vu de plus près, montre les inégalités qui persistent entre auteurs et autrices.

Les femmes travaillent davantage qu’en 1929, c’est un fait. Mais leur salaire reste en-dessous de celui des hommes et, en cas de grossesse, ce sont souvent elles qui aménagent leur temps de travail (ce qui s’accompagne d’une baisse de salaire), voire ne travaillent plus. On pourrait dire qu’elles ont du temps pour écrire, à présent qu’elles n’ont plus à gérer toutes les tâches de la maison et que les nouvelles technologies sont là pour en gagner, du temps. Mais la répartition des tâches – qui reste inégale, malgré la progression – tend à faire mentir cela. Surtout quand l’autrice doit cumuler travail hors écriture et écriture ! Et la chambre à soi, quand même ! Me direz-vous. Ce à quoi je vous réponds : et la charge mentale ? Eh oui. Même si une autrice a la chance de disposer d’une pièce pour elle seule, pour écrire, la charge mentale pèsera toujours dans un coin de sa tête, l’empêchant d’être pleinement sur son établi. Et s’il y a des enfants… Peut-on dire qu’une femme dispose d’une chambre à elle, rien qu’à elle, lorsque des enfants s’ajoutent à l’équation ? J’avais lu, un jour, que Ray Bradbury était reconnaissant que sa femme gère les enfants pendant qu’il écrivait. L’inverse est-il vrai ?

Ce dernier paragraphe, loin de vouloir lancer des polémiques, est surtout là pour vous souligner à quel point Une chambre à soi, bien qu’ayant 90 ans, reste d’actualité. La plume de Virginia Woolf est toujours aussi incisive malgré son presque-siècle. Un essai qui fait mouche !

Éditions 10/18, 171 pages, 1996

La Papeterie Tsubaki, Ito Ogawa

Quatrième de couverture

Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l’art difficile d’écrire pour les autres.
Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d’un singe, des lettres d’adieu aussi bien que d’amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin.
Et c’est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre des réconciliations inattendues.

Mon avis

J’avais été ravie par Le restaurant de l’amour retrouvé de Ito Ogawa, un court roman lu au cours d’un trajet en train et qui, contrairement à ce que son titre pouvait indiquer, n’avait rien à voir avec un roman d’amour. C’était une histoire de réconciliation familiale et, avant tout, une histoire autour de prendre le temps. Le temps de recueillir avec soin ses ingrédients, le temps de cuisiner, le temps de manger. Alors, quand j’ai vu que la même autrice publiait en France un roman autour de l’écriture, des lettres, pensez donc ! J’ai sauté dessus ! 🙂

La Papeterie Tsubaki est un roman plus conséquent que Le restaurant de l’amour retrouvé. Je ne l’ai pas lu en un seul trajet en train mais sur plusieurs semaines, par petits bouts. J’ai volontairement fait durer le plaisir, ne lisant que quelques pages à chaque fois. Nous suivons Hatoko, dite Poppo, qui reprend l’établissement de sa grand-mère après son décès. Comme sa grand-mère, Poppo s’installe aussi en tant qu’écrivain public. Outre la clientèle venue chercher papiers et autres accessoires, différentes personnes pousseront sa porte pour lui demander d’écrire une lettre en leur nom.

C’est là que, pour la lectrice occidentale que je suis, j’ai pu découvrir tout l’art japonais de recevoir comme d’écrire. Poppo prend un grand soin à accueillir ses clients, afin qu’ils soient dans les meilleures dispositions et puissent formuler clairement et sereinement leur demande. Elle accepte les commandes sans juger, même lorsqu’elles semblent farfelues, telle ce mot de condoléances suite à la mort d’un singe familier. Pour chaque commande, Poppo s’applique. Rien n’est fait au hasard, rien ! Choix du papier pour la lettre, choix de l’encre, choix de l’enveloppe et même choix du timbre, tout est soigneusement sélectionné, pesé, car chaque élément de la lettre, même en dehors des caractères calligraphiés, participe au message envoyé. Inutile de dire que, pour la passionnée d’écriture que je suis, tous ces détails m’ont absolument ravie ! 🙂

À l’instar de son précédent roman, Ito Ogawa nous parle aussi du temps de vivre. Poppo mène une vie tranquille, en dehors de sa papeterie. Elle n’a plus de famille mais a quelques amis, dont sa voisine. Elle les rencontre parfois mais, souvent, elle part seule se promener en ville et y manger. C’est l’occasion pour le lecteur de la suivre dans son quotidien, une vie bien réglée mais surtout une vie où Poppo prend le temps. Le temps de marcher, le temps de savourer l’air ambiant quelque soit la saison, le temps de déguster son plat et partager avec nous chaque saveur.

Petit à petit, le voile se lèvera sur l’histoire familiale de Poppo. Petit à petit, au fil des commandes, la jeune femme évoluera. Tout en délicatesse, et non pas en grandes enjambées. Nous restons dans un roman plein de retenue, de douceur.

La Papeterie Tsubaki était ma bouffée de douceur littéraire de la journée, une véritable ode à profiter de chaque instant, sans se presser. Et un très beau message d’amour pour la correspondance comme pour les écrivains publics. L’insertion des lettres rédigées par Poppo est une très bonne idée de l’éditeur : même si on ne comprends pas le japonais, elles apportent du corps au texte, une façon supplémentaire de contempler cet art si subtil et si riche qu’est celui de calligraphier.

Un petit bijou à lire tranquillement ! 🙂

Éditions Picquier, 384 pages, 2018

Le dieu vagabond, Fabrizio Dori

Quatrième de couverture

Eustis le vagabond a d’étranges pouvoirs de divination… Rien de plus normal : il faisait partie autrefois de la cour de Dionysos, le dieu de l’ivresse. Ah, quelles fêtes c’étaient !
Maudit des dieux, il se retrouve condamné à partager le quotidien des humains, dans un monde tristement dépourvu de magie.
Jusqu’au jour où Hécate, la reine des spectres, lui confie une mission : le voilà parti en quête de son monde perdu, accompagné d’un drôle de fantôme et d’un petit professeur à la vue basse…

Mon avis

De prime abord, je n’aurai pas été vers cette bande dessinée si un libraire n’en avait pas fait l’éloge au cours d’une présentation à la bibliothèque. La couverture ne m’engageait pas. Eh bien, grand merci au libraire car ce qu’il en a dit m’a donné envie de lire Le dieu vagabond et j’ai adoré ! 🙂

Nous suivons Eustis, vagabond de notre monde moderne. Eustis qui se dit satyre, un satyre ayant perdu ses attributs mais qui conserve l’étrange capacité d’offrir des réponses aux requêtes les plus personnelles de ses visiteurs. Est-il un vagabond qui aurait trop abusé du vin ou un véritable suivant de Dionysos, perdu dans notre époque dénuée de magie ? La suite de l’histoire nous le dira.

Le dieu vagabond est l’épopée de ce satyre. C’est un récit pétri de mythologie grecque, une histoire qui souligne la cruelle absence de magie de notre univers envahi par la science et le béton. Et pourtant… plus on tourne les pages, plus on s’émerveille. Eustis n’a pas oublié d’où il vient. Partout où il passe, derrière l’apparente banalité des choses, se cachent les créatures et les dieux des légendes, peut-être oubliés mais toujours là, si bien adaptés au monde moderne qu’ils en deviennent presque imperceptibles. Presque.

Loin d’être tragique ou triste, l’épopée d’Eustis se suit avec un ravissement que le dessin, splendide, ne fait qu’accroître. Les cases relatant le passé paradisiaque du satyre adoptent le style des peintures ornant les vases antiques. D’autres cases, au fil de la bande dessinée, reprennent la patte des peintures de Vincent van Gogh – à dessein, comme on le comprendra au cours de l’histoire – ou encore celui des estampes japonaises.

L’ensemble forme une superbe bande dessinée, bel hommage à la mythologie comme aux légendes anciennes et nous invite à re-découvrir le monde d’un oeil neuf. Avec une touche de magie. Un petit chef d’oeuvre !

Éditions Sarbacane, 156 pages, 2019