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Pline t. 4 : La colère du Vésuve, Mari Yamazaki, Tori Miki

Mon avis

Le tome 4 de Pline prend un ton plus sombre que les volumes précédents. D’entrée, les personnages principaux sont confrontés à un tremblement de terre qui fait bien des ravages dans la ville où ils étaient de passage. Certes, la fin du tome 3 laissait présager cet événement, mais cela reste éprouvant de voir les habitations détruites, les gens chercher leurs proches dans les décombres ou tout simplement essayer de survivre. Pline, Félix et Euclès sortent indemnes de cette catastrophe naturelle, mais il ne s’agit pas du seul événement dramatique présent dans le volume. À Rome, Poppée intrigue et n’hésite pas à recourir aux pires extrémités pour éloigner tout obstacle du pouvoir.

Plus que la simple vie de Pline, le manga continue de nous présenter la vie à Rome, telle qu’elle pouvait l’être sous l’empire de Néron. Les intrigues de palais comme les difficultés des habitants à faire face à des catastrophes, tout nous est dévoilé et toujours avec un trait aussi clair que précis. Les premiers prémices de la religion chrétienne sont également abordés.

Ce quatrième volume conserve toutes les qualités des précédents : documentation solide, dessin superbe, histoire bien menée. On reste attaché aux pas de Pline, de Félix et d’Euclès, ces trois hommes dont les caractères très différents se complètent si bien. Entre la passion de Pline pour les sciences naturelles, au point de le rendre distrait ; l’humour et les ronchonneries de Félix et le sérieux d’Euclès, on ne s’ennuie pas ! Les pages finales laissent présager d’un tome 5 tout aussi passionnant. À suivre !

Éditions Casterman, 187 pages, 2017

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Pline t. 3 : Les griffes de Poppée, Mari Yamazaki, Tori Miki

Mon avis

À la fin des deux premiers tomes, nous avions laissé Pline à Rome. Le tome 3 s’ouvre donc sur la vie du célèbre naturaliste dans sa villa romaine. Mais c’est sous le regard de son chat que nous suivons le premier chapitre, une manière originale de découvrir, à hauteur des yeux du félins, une journée dans la maison de Pline.

Le manga conserve les mêmes qualités que les deux premiers tomes, avec son dessin soigné et sa volonté de présenter, avec une passion visible, la vie de cet homme fasciné par la nature et, par extension, celle des Romains. Le pan politique n’est pas oublié puisque l’influence de plus en plus croissante de Poppée va pousser Pline, au cours du tome 3, à quitter Rome. Cela et l’air vicié de la ville, mauvais pour les problèmes de santé de Pline.

Euclès, le jeune homme qui suit Pline pour consigner par écrit toutes ses pensées, va lui aussi devoir quitter Rome, où il aura été agressé une nuit. Et lorsque la petite troupe, arrivée dans un village côtier, constate d’étranges phénomènes, l’inquiétude est de mise. Car ce n’est pas la première fois qu’ils sont confrontés aux prémices d’une éruption volcanique…

Le volume s’intéresse aussi aux créatures fantastiques. Licorne et pieuvre géante se verrons ainsi offrir quelques cases magnifiques, des créatures issues des volumes laissés par Pline et insérées de belle manière par les mangakas !

À noter que le volume se clôt par une interview croisée des deux auteurs du manga qui permet de mieux comprendre les intentions de leur série et leur ancrage documentaire.

Ce troisième volume poursuit donc sur la lancée des deux premiers et confirme ainsi une excellente série historique. À recommander aux amateurs ! 🙂

Éditions Casterman, 184 pages, 2017

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Fairest : Les Belles et la Bête, Bill Willingham

fairest_belles_beteQuatrième de couverture

Parmi la galerie de personnages féériques que compte la communauté des Fables, il en est un des plus énigmatiques : le Miroir Magique. Sa grande discrétion n’a d’égale que son omniscience, car bien qu’isolé dans l’un des bureaux de Fableville, le Miroir Magique voit tout, sait tout mais ne révèle ses secrets qu’à de très rares occasions. Aujourd’hui, il consent à nous raconter l’une de ses histoires, celle de Cendrillon et de l’incroyable enquête qui la mena sur les traces du plus dangereux assassin que les Royaumes aient connu.

Mon avis

Avant de commencer la chronique de ce volume de Fairest, la série spin-off de Fables, je rappelle que si vous n’êtes pas à jour de la série-mère, la chronique contient des spoilers. En effet, Les Belles et la Bête se situe chronologiquement après le volume 22 de Fables. Vous êtes donc prévenus !

Bien que non numéroté, ce volume du spin-off Fairest se situe entre les tomes 4 et 5. En tout cas, il est préférable de lire avant le tome 5, ce dernier évoquant les événements qui ont lieu dans Les Belles et la Bête.

Deux intrigues parallèles – mais qui finissent par se rejoindre – ont cours dans ce volume qui a ceci de particulier que chaque chapitre est dessiné par un artiste différent. L’effet est plutôt sympa et rappelle 1001 nuits de neige, la préquelle de la série-mère. La première intrigue, racontée sous la forme d’un texte illustré, suit le Miroir Magique. C’est lui qui raconte l’intrigue principale, depuis les Bureaux qui ont été perdus suite au combat contre Mister Dark.

La seconde intrigue, la principale donc, nous voit suivre une fois de plus Cendrillon. Celle-ci est chargée d’enquêter sur un tragique double meurtre : celui de Morgane (la fameuse fée du mythe arthurien) et de Mme Ford (une femme qui avait le don de prédire la mort imminente de son interlocteur). Or, Cendrillon est bien plus douée comme espionne que comme détective et le mystère s’épaissit lorsque les corps de Mlle Lune et de Rose-Rouge sont retrouvés et que l’unique témoin, le Renart, affirme que c’est Blanche Neige la coupable. Celle-ci aurait-elle succombé à la folie après la perte de son mari et de deux de ses enfants ? Débrouiller les fils de ces meurtres, les premiers d’une longue série qui ne touchent quasiment que les plus jolies filles des Royaumes, va être une tâche complexe pour Cendrillon !

Sous la forme d’une enquête à rebondissements, entrelacée du récit du Miroir, Les Belles et la Bête est un excellent cru de Fairest. Il permet en effet de faire revenir un antagoniste que l’on avait laissé pour mort dans la série-mère – mais les Fables étant, comme on le sait, potentiellement immortels selon leur popularité chez les communs, le doute restait permis ! Cendrillon, malgré ses difficultés, fait face avec son entrain habituel à la tâche. Et, pour couronner le tout, on a droit à quelques révélations sur la vie passée d’Églantine (la Belle au Bois Dormant) ainsi qu’à la découverte de l’épée Regret. Le tout, entrecoupé du récit du Miroir dont la voix nous manquait !

Les Belles et la Bête est donc une nouvelle et passionnante aventure de Cendrillon que je ne peux que vous recommander, surtout si vous aimez le personnage ! 🙂 Et cette fois, le spin-off n’aura jamais aussi bien porté son nom puisqu’il sera question de ces célèbres personnages de conte célébrés pour leur beauté 😉

Éditions Urban Comics, 160 pages, 2015

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La trilogie du Rempart Sud t. 2 : Autorité, Jeff VanderMeer

Quatrième de couverture

Cela fait maintenant trente années que l’on tente de percer les mystères de la Zone X, ceinturée par une frontière invisible, où tout signe de civilisation a disparu. Douze expéditions, toutes tragiquement inutiles, ont été supervisées par un organisme gouvernemental tellement secret qu’il en est quasi oublié : le Rempart Sud.
Fraîchement nommé à sa tête, John Rodriguez, dit Control, hérite d’une équipe méfiante et désespérée, d’une masse de questions, de notes secrètes et d’heures d’enregistrement étrangement anxiogènes.
Dans
Autorité, les questions d’Annihilationtrouvent des réponses. Loin d’être rassurantes…

Mon avis

[Spoiler alert : cet article critique le tome 2 de la Trilogie du Rempart Sud. Si vous n’avez pas encore lu le tome 1, vous risquez d’être spoilés sur le contenu de ce dernier !]

J’avais adoré le tome 1, que j’avais lu d’une traite. Quid de ce second volume, plus épais que son prédécesseur ? Je l’ai lu presque aussi rapidement et, pour ce second opus, je vous recommande la même chose que pour le premier : si possible, lisez-le d’une traite ! Car Jeff VanderMeer sait instiller une atmosphère. Au début, on suit Control dans sa routine d’agent venu de l’extérieur pour comprendre pourquoi le Rempart Sud ne progresse toujours pas dans son décryptage de la Zone X et, surtout, interroger les survivantes de la dernière expédition. Entre employés usés et directrice adjointe revêche, survivantes amnésiques et inscriptions surréelles, le travail n’est pas de tout repos ! On pourrait penser à une enquête façon film d’espionnage, mais ce serait oublier l’étrangeté qui nous avait saisi tout au long du premier tome… Dans Autorité, le bizarre s’avance sournoisement, jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour reculer.

Nous retrouvons également la biologiste mais dans Autorité, c’est à la voix de Control que nous avons affaire. Point de récit à la première personne comme dans Annhilitation, cependant, mais nous sommes du point de vue de cet homme qui débarque dans le Rempart Sud en n’en connaissant que les dossiers. Control, du fait de son statut, tentera un maximum de rester aussi froid et professionnel que son travail l’exige, même quand les choses commenceront doucement à prendre une tournure inexpliquée. Se mêle à cela des difficultés d’ordre familial, qui donne de l’épaisseur au personnage.

La quatrième de couverture nous promet des réponses inquiétantes aux questions d’Annihilation. J’y apporte une nuance : certaines questions trouvent en effet une réponse (voire une ébauche de réponse !). Mais pas toutes. Bien au contraire, le final d’Autorité nous laisse avec des questions supplémentaires ! La Zone X a certes laissé quelques hypothèses validées mais elle est loin d’avoir livré tous ses secrets.

En tout cas, s’il m’a semblé, au départ, moins lovecraftien dans son atmosphère que le premier opus, j’ai révisé mon jugement lorsque je suis parvenue au dernier tiers du livre. Clairement, l’auteur a réussi à me mener par le bout du nez, en faisant miroiter une résolution rationnelle, professionnelle de la situation via le travail de Control. Mais c’était sous-estimer la Zone X et ses étrangetés, tout comme le talent de l’auteur à instiller petit à petit des bizarreries jusqu’à un final à couper le souffle !

Le mystère demeure donc, même s’il commence à se lever, et j’attends avec impatience le troisième et dernier volume de cette trilogie qui, décidément, porte très bien sa qualification de new weird ! 🙂

Éditions Au Diable Vauvert, 391 pages, 2017

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On n’est jamais bizarre sur Internet (ou presque), Felicia Day

Quatrième de couverture

Salut. Je m’appelle Felicia Day. Je suis actrice. La nana bizarre dans cette série de SF ? Mais si, vous voyez de qui je veux parler. Je ne suis jamais sur l’affiche, mais j’ai quelques chouettes scènes qui font rire les téléspectateurs. Vu que je suis rousse, je collectionne les sixièmes rôles, et j’ai pratiquement inventé l’archétype de la hackeuse mignonne mais complètement barrée. (Pardon, mais quand j’ai commencé, c’était complètement nouveau. Je vous jure.)
Je suis la scénariste, la productrice et l’actrice/hôtesse/personnalité de centaines de vidéos sur le Web. Pour de vrai. Je suis très connue par certaines personnes. Et totalement inconnue par d’autres. J’aime à penser que je suis l’objet d’une « reconnaissance situationnelle ». C’est une formulation beaucoup plus gratifiante que « célèbre sur le Net », qui me donne l’impression d’être rangée dans la catégorie du chat handicapé mental ou du gamin qui fait du Yo-Yo tout en chevauchant un bâton sauteur. Je connais cet enfant : il est superdoué. En revanche, le chat… bof.
Il y a sept ans, j’ai commencé à tourner des vidéos dans mon garage avec une caméra d’emprunt. Aujourd’hui, je jongle entre mes rôles à la télé, l’écriture, la production et la gestion d’une compagnie de vidéos Internet appelée Geek & Sundry. Je suis également une fana des médias sociaux (« accro » est mon deuxième prénom) : plus de deux millions et demi de personnes me suivent sur Twitter et je suis souvent la seule femme sur la liste des nerds les plus éminents, ce qui m’a valu de me faire introniser « Reine des Geeks » par la presse. Personnellement, je refuse d’utiliser ce titre, mais quand quelqu’un d’autre l’utilise je ne discute pas. Je le prends comme un compliment. C’est vrai, quoi ! Qui n’a jamais rêvé d’hériter d’une dynastie juste parce que c’est dans son sang ? Pas besoin de bosser. Vous êtes l’élue !

Mon avis

Felicia Day est une actrice connue pour ses rôles secondaires (voire même très secondaires), pour sa présence sur le Web et pour sa websérie The Guild, qu’elle a également produite et réalisée, entre autres activités. Bref, Felicia Day, comme elle aime à le souligner, sera célèbre pour certaines personnes et une parfaite inconnue pour d’autres. Me concernant, je la connaît pour ses petits rôles (je suis une fan de Buffy, faut-il le rappeler ? ^^) et je suis aussi plus ou moins Geek and Sundry, la chaîne Youtube qu’elle a lancée. Du coup, lorsque sa biographie, traduite en français, est parue sous format numérique, je me suis dit « pourquoi pas ? »

Eh bien ma foi, je n’ai absolument pas regretté cette acquisition ! 🙂 Je savais déjà, au vu des tweets de l’actrice, qu’elle savait faire preuve d’auto-dérision et d’humour. Cette personnalité pétillante ressort de chaque paragraphe ou presque ! C’est avec plaisir que l’on suit donc Felicia Day nous raconter son enfance atypique, son adolescence, ses débuts dans la grande industrie du cinéma et de la télévision. Loin d’avoir la grosse tête, Felicia Day ponctue son récit de photographies ou illustrations rigolotes qu’elle a elle-même sélectionné (voire même créé). On découvre donc, sourire aux lèvres, son parcours de scolarisée à domicile, son apprentissage du violon, la naissance de son addiction aux jeux vidéos et bien d’autres choses !

Sur son parcours professionnel, on apprend aussi des détails intéressants. Les difficultés de ses débuts d’actrice, son idée pour The Guild qui est restée si longtemps une idée, jusqu’à ce que quelques amies finissent par l’aider à se décider à enfin la réaliser et, surtout, à se rendre compte que son addiction au jeu vidéo avait atteint des proportions intolérables. Les difficultés à réaliser The Guild alors qu’elle n’avait que très peu de moyens, et toute la débrouille dont elle a usé pour faire de son idée une réalité. Le tout, toujours d’un ton enjoué ! Et Felicia Day ne se regarde pas que le nombril : régulièrement, elle alpague le lecteur et, lors des passages où elle évoque le travail de conception de The Guild, elle donne aussi des conseils. En tant qu’auteure, j’ai adoré sa façon d’encourager ses lecteurs à persévérer dans leurs aspirations autant que sa façon de remettre les célébrités sur un pied d’égalité avec monsieur et madame Tout-le-monde. Ainsi, elle nous raconte qu’elle-même, à ses débuts, rêvait d’être l’une de ces actrices reconnues. Et qu’au fil de ses expériences, elle s’est rendu compte que rêver, c’était bien beau, mais que ces personnes avaient travaillé dur pour arriver là où elles étaient. Et qu’elle aussi devrait travailler dur pour y parvenir. Felicia Day, en racontant les différents systèmes D utilisés pour parvenir à créer The Guild, donne aussi une belle leçon de débrouille et de persévérance.

Elle ne se contente pas non plus de rester dans l’optimisme ou la gaieté. Felicia Day ne cache rien des revers de la célébrité, même situationnelle – fans étranges et intrusifs, vie privée difficile à protéger – ni de ses propres faiblesses. Car Felicia Day reste un être humain. Souffrant d’anxiété sociale, elle a aussi connu, lors du lancement de l’entreprise Geek and Sundry, une période de stress intense. Trop intense, même, au point d’avoir vu sa santé se dégrader. Et elle ne cache rien de cet épisode.

Cette franchise, dans le ton comme dans le récit, m’a beaucoup plu. Quand j’ai refermé l’ouvrage (façon de parler, puisqu’il était numérique ! ^^), j’ai eu la sensation d’avoir achevé une longue conversation avec une bonne copine où, entre deux tranches de vie, j’aurai reçu des conseils bienveillants et encourageants pour mes écrits.

Du fait de son sujet – tout le monde ne connaît pas Felicia Day – je recommande surtout cette lecture à ceux et celles qui connaissent l’actrice. Ils ne seront pas déçus ! 🙂

Éditions Bragelonne, 250 pages, 2016