Mers mortes, Aurélie Wellenstein

Quatrième de couverture

Mers et océans ont disparu. L’eau s’est évaporée, tous les animaux marins sont morts.
Des marées fantômes déferlent sur le monde et charrient des spectres avides de vengeance. Requins, dauphins, baleines…, arrachent l’âme des hommes et la dévorent. Seuls les exorcistes, protecteurs de l’humanité, peuvent les détruire.
Oural est l’un d’eux. Il est vénéré par les habitants de son bastion qu’il protège depuis la catastrophe, jusqu’au jour où Bengale, un capitaine pirate tourmenté, le capture à bord de son vaisseau fantôme.
Commence alors un voyage forcé à travers les mers mortes… De marée en marée, Oural apprend malgré lui à connaître son geôlier et l’objectif de ce dangereux périple.
Et si Bengale était finalement la clé de leur salut à tous ?

Mon avis

Cela faisait longtemps que j’avais ajouté plusieurs romans d’Aurélie Wellenstein dans ma LAL (Liste à Lire) mais je n’avais pas encore eu l’occasion d’en lire un (PAL monstrueuse, so many books so little time, bref, vous voyez ^^ »). Mers mortes fait partie des 5 ouvrages en lice pour le Prix Imaginales des Bibliothèques. Et la bibliothèque où j’officie y participe, justement, donc c’était le moment de découvrir enfin la plume de cette autrice ! 😉

Mers mortes nous présente un monde à l’agonie. Les océans et les mers ont disparu depuis plusieurs années, après des décennies d’agonie. Le monde est une fournaise. Quelques humains survivent mais la fin est proche. Et, régulièrement, des marées fantômes submergent tout. Des marées charriant les spectres de la faune marine, assoiffés de vengeance et qui dévorent les âmes des êtres vivants. Oural est un exorciste, doté d’un don psychique qui lui permet de se protéger et de protéger d’autres de ces marées fantômes. Quand Bengale, capitaine d’un bateau pirate fantôme, le capture, son existence bascule.

D’emblée, Mers mortes se positionne comme de la fantasy post-apo. Le message écologique est on ne peut plus clair, certaines scènes sont de véritables cris du coeur face aux horreurs que l’humanité peut faire subir aux animaux marins. Le fait que l’un des personnages secondaires soit une delphine, Trellia, permet de mieux se glisser dans la peau de ces animaux martyrisés. Bien que déjà sensibilisée à ces horreurs, lire ces scènes m’a vraiment peinée autant que fait éprouver de la honte pour notre espèce.

Mais ce message écologique passerait moins bien sans les personnages auprès desquels nous partageons maintes aventures périlleuses. Oural, personnage principal, a toujours vécu dans un cocon. Son statut d’exorciste en fait un jeune homme respecté, adulé, obéi. Aussi, quand Bengale en fait son otage, il lui faut ravaler sa fierté. Il lui faut s’adapter à cet équipage qui idolâtre son capitaine, malgré le sang qu’il a sur ses mains.

La relation entre Oural et Bengale évoluera finement, subtilement, au fil des pages et des (nombreuses) avanies qui leur arrivent. Voyager, dans un tel contexte apocalyptique, n’est pas de tout repos !

J’ai littéralement dévoré Mers mortes en un weekend. Le roman se lit tout seul, je me suis rapidement attachée à Oural, même dans ses moments tête à claques, et à Bengale, malgré ses sombres secrets et sa violence. Bengale qui, au fil des pages, nous apparaît bien plus nuancé qu’on ne pourrait le croire au début du roman.

La fin m’a tiré des larmes. Elle est tellement forte, tellement émouvante ! Si vous êtes sensibles, préparez vos mouchoirs.

C’est ma seconde lecture dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothèques mais la première pour laquelle j’éprouve un tel enthousiasme ! C’est pourquoi Mers mortes a droit à sa chronique ici, puisque le blog est réservé aux lectures que j’ai aimées 🙂

Édition Scrineo, 2019, 363 pages.

Midnight City, Rozenn Illiano

Quatrième de couverture

Écrivain inconnu, Samuel rencontre le succès par hasard et sa vie change du jour au lendemain – pas forcément pour le mieux, d’ailleurs. Introverti et grand timide, il se plie à sa nouvelle célébrité sans rechigner, rêvant pourtant de retrouver la quiétude de son anonymat.
Seulement un jour, il ne peut plus écrire : ses mots se sont enfuis, son imagination est à sec. Un peu par désespoir, Samuel accepte la proposition d’un mystérieux mécène qui lui offre tranquillité et ressources afin qu’il puisse retrouver la flamme.
Ce qui, en fin de compte, n’était pas une si bonne idée…

Mon avis

Début 2019, Rozenn Illiano – déjà autrice de plusieurs livres auto-édités – lançait un livre vagabond. Ce livre, Midnight City, était imprimé en un seul exemplaire puis libéré dans la nature. Le lecteur ou la lectrice qui mettrait la main dessus devait, après lecture, le relâcher. Le résumé de l’ouvrage me plaisait, je trouvait également le concept sympa. Malheureusement, tout le monde n’a pas joué le jeu et l’exemplaire a disparu. Du coup, je me suis rabattue sur la nouvelle-énigme Un voyage sur l’Atlas pour arpenter une première fois les rues de la Cité de Minuit. Fin 2019, Rozenn décidait d’éditer le roman en un nombre limité d’exemplaires. Un livre qui mêle les thématiques d’une cité onirique et de l’écriture, pensez-donc, je n’allais pas le laisser m’échapper ! J’étais d’autant plus conquise que j’avais adoré mon premier voyage en cette Cité. J’ai donc mis la main sur le roman et, à présent que j’en ai terminé la lecture, voici mon avis 🙂

D’un côté nous suivons Samuel Hugo, un auteur dont le premier roman édité a connu un succès fulgurant, de portée internationale. Un succès auquel il ne s’attendait pas en signant son contrat d’édition et qu’il ne vit pas très bien (ce qui est bien compréhensible étant donné qu’il est introverti). Alors que son roman date déjà, il est pressé de toutes parts pour un autre roman. Seul problème : l’inspiration le fuit. Alors quand Adam Remington, mystérieux et riche homme d’affaires, lui propose de devenir son mécène, l’offre est trop alléchante pour être refusée. Mais si elle est si alléchante, c’est peut-être aussi parce qu’elle cache un piège…

Entre les chapitres consacrés à Samuel s’intercalent d’autres où nous suivons les événements qui se déroulent dans la Cité de Minuit du titre. Une Cité où le Temps ne s’écoule pas, où il fait perpétuellement nuit, une Cité bâtie sur des rêves et des cauchemars. Cyan, pilote d’oniropostale, s’écrase brutalement sans comprendre pourquoi. Bientôt, il lui faut se rendre à l’évidence : quelque chose de terrible arrive à la Cité.

Au fil du roman, les deux récits d’abord parallèles s’entremêlent de plus en plus, jusqu’à former une mise en abyme – l’autrice joue d’ailleurs sur ce concept au point que l’on frôle la double mise en abyme ! ^^

J’ai beaucoup aimé mes promenades dans la Cité de Minuit, cette ville onirique toute en symboles et métaphores, où règnent la Lune et les étoiles, les rêves, le bleu. J’ai frémi en songeant à ce qu’elle risquait. Je me suis laissée délicieusement bercer par cet univers, tout en suivant l’évolution de Cyan au fil des événements.

Du côté de Samuel, j’ai trouvé très intéressantes toutes les réflexions autour de l’écriture que ses péripéties permettaient. Que ce soit le blocage, la peur de ne pas arriver à écrire à nouveau un récit aussi beau que le précédent, le syndrome de l’imposteur, l’hésitation à livrer ses histoires à d’autres yeux, et bien d’autres, Rozenn livre beaucoup de grain à moudre dans ces chapitres, des réflexions qui proviennent de son expérience personnelle. Bien entendu, le fait que je sois autrice moi-même a sans doute contribué à mon intérêt mais je pense que même pour une personne qui n’écrit pas, cette thématique est intéressante. Midnight City offre en effet un regard réel sur ce que peut être le processus d’écriture, loin des images d’Épinal.

Je n’étais pas toujours d’accord avec certaines façons de voir l’écriture évoquées par Samuel, mais cela ne m’a pas dérangée, bien au contraire : l’écriture reste quelque chose de très personnel, de viscéral, il est donc normal que, d’une personne à l’autre, d’un auteur à l’autre, le rapport à l’écriture revête différents moteurs.

Au niveau du style, le texte oscille entre phrases délicates, oniriques durant les passages situés dans la Cité de Minuit et style fluide et plus familier lorsque nous suivions Samuel, ce qui permet de bien marquer la différence de lieu de l’intrigue.

J’ai lu cet ouvrage assez rapidement, avide de connaître le destin de cette belle et mystérieuse Cité, frémissant de connaître le sort de Samuel. J’ai lu cet ouvrage comme un texte profondément personnel de la part de l’autrice, en raison de toutes ces réflexions autour de l’écriture.

Le seul petit bémol que j’aurais est sur un passage qui m’a sortie de ma lecture, au sujet de la maladie psychiatrique dont souffrais un personnage. La description de ses symptômes ne me semblait pas raccord avec la réalité de cette maladie et ça m’a fait tiquer.

Mais dans l’ensemble, Midnight City est un joli roman oscillant entre fantastique et fantasy, abordant avec beaucoup de sincérité le thème de l’écriture et proposant une visite enchantée de la Cité de Minuit. Une suite est en préparation, que je ne manquerai pas de lire lorsqu’elle paraîtra.

Auto-édition, 2019, 459 pages

Locke & Key, Joe Hill et Gabriel Rodriguez

Quatrième de couverture

Keyhouse : un étrange manoir de la Nouvelle-Angleterre. Un manoir hanté, dont les portes peuvent transformer ceux qui osent les franchir…
Après le meurtre brutal de leur père, Tyler, Bode et Kinsey découvrent leur nouvelle demeure, croyant y trouver le refuge dont ils ont besoin pour panser leurs plaies. Mais une ténébreuse créature les y attend pour ouvrir la plus terrifiante de toutes les portes…

Mon avis

Série de comics en 6 volumes reliés, Locke & Key est signée par Joe Hill (fils de Stephen King) au scénario et Gabriel Rodriguez au dessin. La série a été couronnée par les Eisner et British Fantasy Award, excusez du peu ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est mérité !

Poussée par la diffusion proche de son adaptation télévisée, j’ai commencé à lire le volume 1 un soir. Je ne sais comment, je me suis retrouvée quelques heures plus tard à refermer le volume 6 ! ^^ J’avais été tellement happée par le suspense de cette histoire, frissonnant face aux manigances de Dodge ou à la folie meutrière de Sam Lesser, que je ne pouvais tout simplement pas ne pas lire immédiatement la suite.

Locke & Key suit la famille Locke – plus exactement les enfants, l’aîné, Tyler, la cadette Kinsey, et le petit dernier, Bode – alors qu’ils emménagent à Keyhouse, suite à la mort brutale de leur père. Traumatisés tant par cette perte que par les circonstances qui l’ont entourée, chacun essaie de se reconstruire. Mais Bode commence à trouver de mystérieuses clés, la première lui permettant de devenir un fantôme lorsqu’elle ouvre la bonne porte. Et il rencontre une mystérieuse dame dans un puits, qui se présente comme son amie mais semble également en contact avec Sam Lesser, le tueur survivant du père des enfants Locke. Quelques jours plus tard, un nouvel élève, Dodge, arrive au lycée fréquenté par Tyler et Kinsay et se rapproche d’eux. Pendant que la maison livre peu à peu ses terrifiants secrets, une toile d’araignée mortelle se tisse autour des enfants Locke…

Voilà le point de départ de la série. Joe Hill se pose là en digne fils de son père. Il possède un talent indéniable pour construire une atmosphère sombre, angoissante. Il pose efficacement tous les petits cailloux noirs de son intrigue, développe ses personnages de manière convaincante – Tyler, qui peine à admettre la violence dont il a fait preuve pour défendre les siens ; Kinsey, incapable de surmonter son trauma sauf à le nier ; Bode l’enfant qui se réfugie dans le jeu de quête des clés ; Nina qui sombre dans l’alcoolisme ; chacun va évoluer au fil des événements. L’accent est surtout mis sur les trois enfants Locke, les adultes étant pour la plupart aveugles face aux événements surnaturels qui ne manquent pas de se produire.

Le système des clés, chacune disposant d’une forme et d’un pouvoir unique, s’avère passionnant. On est avide de connaître d’autres clés, curieux de connaître leurs capacité. Au fil du récit, passé et présent s’entremêlent de plus en plus, nous permettant de mieux saisir l’ampleur des maléfices entourant Keyhouse et ses origines. Jusqu’au final, époustouflant, où toutes les pièces s’imbriquent, où toutes les pistes jetées se dénouent, où tout trouve sa résolution. Un ultime retournement de situation achèvera le lecteur, tout tourneboulé par tant de tragédies

Depuis, la série a été diffusée sur Netflix. Celle-ci, adaptée par Joe Hill lui-même, s’adresse à un public plus large, plus jeune que les comics. Elle est beaucoup plus édulcorée, ses personnages lissés, les événements adoucis (si je puis dire). Malgré ses qualités en terme de décors et de jeu d’acteurs, je n’accroche donc pas car j’ai encore en tête la complexité et la noirceur qui infusent si brillamment les comics originaux.

Mais les comics, mazette, ça faisait longtemps que je n’avais pas frissonné comme ça en lisant une BD ! On est dans un récit fantastique horrifique de haute volée et le dessin superbe de Gabriel Rodriguez y participe pour beaucoup également. Une lecture recommandée si vous recherchez un bon récit d’horreur ! 🙂

Éditions Bragelonne, collection Milady Graphics, 2013-2014, 6 volumes (série terminée)

Sacra : parfums d’Isenne & d’ailleurs t. 2 : Nulle âme invincible

Quatrième de couverture

Autour… de la lueur d’une lampe noire dans une boutique d’antiquités de Kensington ~ des cérémonies initiatiques des adeptes de Morphée, et des songes de braise des Khazars ~ du pas des Nephilim sur la route des âges, et des formules de la vacuité et du détachement, sous l’ombre des statues du Gandhara ~ de l’écho du rire d’Angharad sur les murs des palazzi lagunaires, et du café embaumé d’épices d’un Lucifer mécréant ~ de la couleur envoûtante des érables à Kyoto, au miroir coupant de retrouvailles dans les rues de New York… Dans le souffle brûlant des athanors d’Isenne, les vapeurs des braseros oneiroi, et le parfum du bois d’Agar des cérémonies de Kodo japonaises, le diagramme mouvant du Sacré se dessine et s’efface, une nouvelle fois…

Il ne restera de ces trajectoires de feu, à la fin, que l’empreinte de pas de foudre dans les braises, le sable coruscant et la cendre, et la fumée tenace d’un millier de parfums répandus.

Mon avis

Après l’enchantement – que dis-je, l’envoûtement – de Sacra, opus I, voici ma chronique de l’opus II. Un second volume fortement lié au premier – je ne saurai donc que vous encourager à les lire dans l’ordre ! 😉

À l’instar du premier, je me suis retrouvée ensorcelée par la plume de Léa Silhol, même si les textes de ce second opus n’ont pas tout à fait la même saveur, ni les mêmes parfums, que ceux au sommaire du premier. Non qu’ils soient moins bons – bien au contraire – mais ils possèdent leur identité propre, malgré les liens qui les tissent aux textes du premier opus ; des émotions différentes. Allons donc pour un avis détaillé ! 🙂

Lumière noire était pour moi une relecture, ayant une l’occasion de lire ce texte lors de sa première parution en anthologie (une anthologie que ma bibliothèque municipale d’alors possédait). Malgré le côté doux-amer de ce texte, ce fut un plaisir de retrouver Camille et sa quête d’une mystérieuse lampe, une lampe fabriquée à Isenne. Isenne… nous voilà d’emblée replongés dans cette ville d’artisans, certes de façon détournée, par le biais de cet objet aux propriétés spéciales, mais tout de même. Une belle entrée en matière, fort bien titrée, pour le recueil !

Sfrixàda nous entraîne cette fois-ci directement en Isenne. Un habitant y conte, à une invitée prestigieuse que les lecteurs de La Sève et le givre reconnaîtront, une histoire qui fait suite à celle contée dans Litophanie (Sacra opus I). De quoi connaître la suite du destin des personnages principaux de cette nouvelle, tout en en découvrant un peu plus sur Isenne (comme ses heures et ses couleurs), voire même de froncer le nez en pensant apercevoir un lien ténu, glissé subtilement, avec une autre nouvelle d’un autre recueil (je crois que je vais finir par noter dans un carnet tous ses indices, pour mieux comprendre la trame :))

D’une Étoile à l’Autre est une version allongée de L’Étoile, au matin, parue dans Fovéa. Dans cette nouvelle version, le récit s’étend pour nous offrir la rencontre de personnages puissants, inhumains, à l’aube d’un profond changement du monde. Un texte enchanteur, qui ouvre autant de questions que d’univers, qui tisse (encore) des liens avec d’autres textes, notamment Magnificat (Sacra opus I). Un texte qui m’a bien plu, par ces différentes personnalités devisant ensemble, par toutes ces portes entrouvertes et la menace qui plane.

Béni soit l’Exil est présenté comme la version allongée de La faveur de la Nuit. Sous la forme d’un récit enchâssé, nous découvrons l’ascension et la chute d’un royaume, la conclusion d’un pacte et sa dissolution. Khazars et oneiroi sont les principaux sujets de cette nouvelle ensorcelante, avec toujours ce lien à Isenne, comme à d’autres récits de la même autrice. Un nouvel enchantement, que ce récit, que j’ai eu plaisir à redécouvrir sous ce nouveau format.

Nous arrivons cette fois à mon texte-chouchou de ce recueil ! Bien que j’ai apprécié tous les textes au sommaire, celui-ci m’a particulièrement plu et je l’ai même volontairement dégusté page après page, me forçant à ne pas aller trop vite pour bien en goûter chaque mot. Le Maître de Kodo nous entraîne dans le Japon contemporain, à Kyoto, où Hatsuyuki Izôkage a fait venir des fays pour sauver sa soeur du Grid. Izôkage, même nom de famille que l’un des personnages de Gold (Sacra opus I), et pour cause, il s’agit de la même famille. Des fays, comme dans le recueil Musiques de la Frontière – un personnage de taille est d’ailleurs mis en avant dans Le Maître de Kodo. Et enfin le Grid, un environnement virtuel que je me garderai bien d’essayer de décrire en une ligne, le Grid dans lequel est piégée la soeur d’Hatsuyuki. Entre féerie et virtuel, entre Japon traditionnel et fays américains, cette novella est un pur délice ! On y parle aussi de tatouage – ce qui n’a pas été sans me déplaire 🙂 – mais pas que. Comme souvent dans les récits de Léa Silhol, les personnages y sont entiers, sans aucune concession, mais là, dans ce récit, cela rend leur destin d’autant plus tragique.

Emblemata nous emmène au pied des Bouddhas de Bâmiâyn, ces gigantesques sculptures détruites en 2001 par les talibans. Sis en 1931, le récit conte la rencontre en un dessinateur franco-russe et un étrange personnage, qui lui enseigne le Sutra du Coeur. Ce texte, imprégné de la pensée bouddhiste, laisse à réfléchir.

Enfin le recueil s’achève avec The Passenger, courte nouvelle où l’on retrouve le narrateur de À travers la fumées (texte d’ouverture de Sacra opus I) alors qu’il est âgé et proche de rendre l’âme. La boucle est bouclée avec ce texte !

Pour résumer, Sacra opus II est un parfait pendant au premier opus – les textes s’y répondent, les secrets d’Isenne s’y dévoilent petit à petit, la Trame tissée par l’autrice se laisse entrevoir, de nouveaux liens sont tissés. Le format nouvelles et novellas m’a bien convenu – après tout, c’est par la nouvelle que j’ai commencé à lire Léa Silhol. Un fort beau diptyque que Sacra !

Édition Nitchevo Factory, 334 pages, 2016

[Le mardi c’est permis !] King’s Quest VII : The Princeless Bride

Je continue la plongée dans mes souvenirs avec cette fois-ci un jeu vidéo 🙂 King’s Quest VII : The Princeless Bride date de 1994 et a marqué mon enfance. Je m’en rappelle encore, le Cd-Rom avait été acheté à la FNAC – à l’époque, les jeux PC étaient vendus en CD-Rom et l’on fouillait les bacs à la recherche d’un jeu alléchant, avec pour seules informations celles contenues sur sa jaquette. Toute la fratrie y a joué, à King’s Quest VII. On s’aidait si l’un d’entre nous se retrouvait coincé quelque part dans le jeu (pas d’Internet, à l’époque, juste un numéro de téléphone surtaxé donc autant dire qu’on évitait autant que possible d’y faire appel ! ^^ »). Ce côté « on joue en famille », ainsi que le jeu en lui-même, participe très certainement à la nostalgie que m’évoque King’s Quest VII lorsque j’y rejoue (et oui, j’y ai encore rejoué fin 2019-début 2020 ! Je vous dis, les fêtes, ça me rend toujours nostalgique).

King’s Quest VII est un jeu de type point n click. C’est le premier du genre auquel est joué, et c’est à cause de lui si ce type de jeu vidéo est devenu mon favori ! 🙂 Son fonctionnement est très intuitif : le curseur est en forme de baguette magique dont l’extrémité se met à scintiller lorsqu’elle passe sur un élément avec lequel il est possible d’interagir. Les objets réunis dans l’inventaire, lorsqu’on les sélectionne pour les utiliser avec l’environnement ou des personnages, passent de grisé à blanc si une telle interaction est possible. Comme tout bon point n click, impossible de se planter ou presque* : dialogues avec les personnages et autres détails dans l’environnement donnent des indices pour résoudre les différentes énigmes et ainsi progresser dans le jeu. Les morts des personnages ne sont pas punitivies : on reprend là où on s’est arrêté.

(*une énigme en particulier possède une solution particulièrement illogique. À l’époque, c’était ma soeur aînée qui avait fini par la résoudre. Désespérée, elle avait fini par prendre chaque objet de l’inventaire et le passer partout dans les différents tableaux dans lesquels le personnage était limité jusqu’à ce que l’un des objets devienne blanc, signifiant qu’il fallait l’utiliser à cet endroit. Elle a ensuite partagé la solution avec le reste de la fratrie pour que l’on puisse débloquer nos parties respectives)

L’histoire se divise en 6 chapitres, où l’on contrôle à tour de rôle Valanice de Daventry, la mère, et Rosella, sa fille. La vidéo d’introduction, malgré sa chanson en anglais, est suivie d’un dialogue – traduit, lui – entre mère et fille puis d’une péripétie qui permettent de remettre en contexte le début du jeu, où Valanice se retrouve seule dans un désert inconnu. Dans le chapitre 2, on retrouvera Rosella, métamorphosée en troll et prisonnière du royaume souterrain de Vulcanix. L’objectif principal, bien sûr, c’est pour les deux femmes de se retrouver (et pour Rosella de redevenir humaine). Mais une ennemie de taille se dresse sur leur chemin : la maléfique Malicia, sorcière qui vise pas moins que de détruire le monde. Autant dire qu’il y a du boulot, pour nos deux personnages principaux ! Cerise sur le gâteau, il y a deux fins alternatives ! 🙂

Qui est là au loin ? Je n’y vois rien !

Entre son introduction très Disney, ses personnages façon cartoon et ses tableaux magnifiques (sérieusement, le graphisme a très, très bien vieilli !), King’s Quest VII : The Princeless Bride avait tout pour plaire à la gamine que j’étais à l’époque ! En plus, ses personnages principaux sont féminins donc j’étais d’autant plus ravie. Cela ne veut pas dire pour autant que le jeu est enfantin – la jaquette du Cd-Rom indique « à partir de 12 ans » et j’ai souvenir que le croquemitaine du chapitre 4 m’a valu quelques cauchemars (en même temps, il avait la manie de tomber du ciel sans prévenir pour dévorer Rosella).

Ce qui fait le sel de King’s Quest VII, ce n’est pas seulement ses graphismes superbes ni son fonctionnement intuitif, c’est aussi son scénario, fort sympathique, et son humour présent dès son sous-titre (détournement évident de The Princess Bride). Ajoutez à l’ensemble une touche de mythologie et cela achève d’en faire mon jeu chouchou ! Il faut dire qu’à l’époque, les légendes et la mythologie me bottaient déjà.

King’s Quest VII : The Princeless Bride représente donc un monument de nostalgie vidéoludique, me concernant. Le petit jingle musical qui accompagne le logo de Sierra On-Line, puis celui du menu, les répliques de certains personnages, la musique, les solutions, les objets en 3D que l’on peut manipuler (et qu’il *faut* manipuler, certains comportent des objets cachés…), les décors, les discussions avec mes frère et soeurs pour savoir où ils en étaient et comment résoudre telle énigme sur laquelle je coince, les regarder jouer en attendant mon tour… Tout cela me revient en mémoire à peine le jeu réinstallé. King’s Quest VII, c’est MA madeleine de Proust vidéoludique par excellence.

Et chaque fois que j’entame un nouveau point n click, même moderne, je me rappelle avec tendresse de ce jeu, grâce auquel j’ai découvert le genre. Vous pouvez être certain que je rejouerai encore à ce jeu à l’occasion, même si je le connais par coeur ou presque, je ne m’en lasse pas ! Trop de bons souvenirs y sont rattachés 🙂

L’introduction en français de King’s Quest VII (après la chanson, qui est en anglais)

Cette chronique s’inscrit dans le challenge Madeleine de Proust organisé par Lune.