Publié dans Lecture

Plus grands sont les héros, Thomas Burnett Swann

plus_grands_sont_les_herosQuatrième de couverture

Ceci est l’histoire d’une reine de Judée qui était plus qu’humaine, de son fils qui devint une légende et de leur ennemi cyclopéen dont le nom devint synonyme de colossal.
Ceci est l’histoire des combats, des amours et des loyautés qui fixèrent pour toujours les fondations de la société humaine.

Mon avis

La Trilogie du Latium de Thomas Burnett Swann m’avait conquise par sa réécriture de l’Énéide et de la mythologie antique avec un phrasé sensuel, magnifique. Aussi, lorsque j’ai appris la sortie de Plus grands sont les héros, encore inédit en français, dans la collection poche du collectif Les Indés de l’imaginaire, je n’ai pas hésité une seule seconde ! Et c’est avec bonheur que j’ai retrouvé l’enchantement du Phénix vert et de La Dame des abeilles… 🙂

Cette fois, l’auteur revisite un passage très célèbre de la Bible, plus exactement de l’Ancien Testament : le combat entre le géant Goliath et David. David, qui, plus tard, deviendra roi. David, qui entretint une relation laissée ambiguë dans les textes avec Jonathan. Mais résumer l’ouvrage à ce simple passage du combat entre David et Goliath serait un crime : on découvre ici un âge, une époque très ancienne, le tout saupoudré de mythologie. Ainsi, Achinoam, épouse du roi Saül et mère de Jonathan, est une sirène, Goliath, un cyclope. Et ne voyez pas en la reine – personnage ici superbe de dignité dans son rôle de monarque comme de mère aimante – une sirène à queue de poisson, l’auteur la dépeint telle que l’étaient les sirènes de l’Antiquité : ailées. Il leur adjoint cependant des membres palmés, pour les lier à la mer. La passion de l’auteur pour les abeilles – que l’on avait pu voir dans la Trilogie du Latium – transparaît également dans sa description de l’ancien royaume d’Achinoam et de ses moeurs, avant qu’elle et son fils n’échouent en Judée.

Quant à la relation entre David et Jonathan, Thomas Burnett Swann choisit de la rendre sans équivoque. Si les spécialistes qui étudient l’Ancien Testament se déchirent encore quant à la nature de cette relation, pour l’auteur, il s’agit ni plus ni moins d’amour. Un amour fort, tendre quoique passionné, entre deux hommes. Un amour dépeint avec pudeur, sans aucune crudité ni vulgarité, mais au contraire avec une plume tellement belle que l’on ne peut qu’être touché par ce lien qui unit David et Jonathan. Comme toujours avec l’auteur, les métaphores fleurissent et appellent tous nos sens, nous plongeant ainsi avec délice dans le récit et offrant là une peinture très émouvante de cette relation interdite. Interdite, car pour Yahvé, dieu des Israéliens, deux hommes ne peuvent s’aimer, tandis que la déesse Astarté (déjà évoquée dans La Dame des abeilles) approuve toute forme d’amour. Or, David et Jonathan servent Saül, Israélien, tandis que la déesse Astarté, si elle est révérée en secret par Achinoam et son fils, est celle du peuple contre lequel les Israéliens combattent : les Philistins.

Au drame de l’amour interdit s’ajoute donc celui de la guerre, comme celui du poids du pouvoir. Que ce soit Saül, qui plie de plus en plus sous cette couronne trop lourde pour lui, à en devenir fou, ou David, qui devra sacrifier ce qu’il a de plus cher pour atteindre le pouvoir, être roi ne semble pas apporter le bonheur pour ceux qui possèdent ce pouvoir ultime. Et la guerre, impossible à achever au vu des croyances et modes de vie fort différents des deux peuplades opposées. S’ajoutent à cela la vindicte contre tout être non naturel – Achinoam et Jonathan ont du se résoudre à se mutiler pour ne pas être reconnus comme non entièrement humains.

Plus grands sont les héros est donc un très beau roman de fantasy biblique, un roman qui mêle amour, guerre, tendresse, drame, réflexion sur le pouvoir et la grandeur. Un roman qui trouve un étrange écho dans l’actualité française (à noter, par ailleurs, qu’une association chrétienne visant à aider, entre autres, les homosexuels à concilier leur orientation sexuelle avec leur foi a justement choisi pour nom celui de David et Jonathan. Thomas Burnett Swann n’est donc pas le seul à avoir cette image de leur relation)

Un gros coup de coeur, pour ma part, pour ce roman riche qui sait évoquer des sujets forts avec autant de subtilité que de sensualité, qui émeut autant qu’il emporte en un temps lointain, mythologique. Les ouvrages qui osent se servir du terreau de la Bible pour construire de la fantasy ne sont pas légion, et celui-ci en est une petite pépite que je ne peux que vous conseiller !

Pour terminer, un lien vers la critique approfondie qu’en a fait le site Elbakin.net.

Éditions Les Moutons électriques (collection Hélios), 220 pages, 2014.

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5 commentaires sur « Plus grands sont les héros, Thomas Burnett Swann »

  1. J’admire les auteurs qui s’emparent de sujets « brulants » (homosexualité et religion) pour écrire de magnifiques romans… ton article donne envie de découvrir ce livre !

    1. Ravie que ça donne envie de le lire, surtout qu’à mes yeux, c’est une petite pépite ! (et pour Elbakin aussi ^^). Le livre date de 1974 (dans sa version originale) et n’avait encore jamais été traduit, alors qu’il mérite d’être mieux connu, je pense.

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