Sacra : parfums d’Isenne & d’ailleurs t. 2 : Nulle âme invincible

Quatrième de couverture

Autour… de la lueur d’une lampe noire dans une boutique d’antiquités de Kensington ~ des cérémonies initiatiques des adeptes de Morphée, et des songes de braise des Khazars ~ du pas des Nephilim sur la route des âges, et des formules de la vacuité et du détachement, sous l’ombre des statues du Gandhara ~ de l’écho du rire d’Angharad sur les murs des palazzi lagunaires, et du café embaumé d’épices d’un Lucifer mécréant ~ de la couleur envoûtante des érables à Kyoto, au miroir coupant de retrouvailles dans les rues de New York… Dans le souffle brûlant des athanors d’Isenne, les vapeurs des braseros oneiroi, et le parfum du bois d’Agar des cérémonies de Kodo japonaises, le diagramme mouvant du Sacré se dessine et s’efface, une nouvelle fois…

Il ne restera de ces trajectoires de feu, à la fin, que l’empreinte de pas de foudre dans les braises, le sable coruscant et la cendre, et la fumée tenace d’un millier de parfums répandus.

Mon avis

Après l’enchantement – que dis-je, l’envoûtement – de Sacra, opus I, voici ma chronique de l’opus II. Un second volume fortement lié au premier – je ne saurai donc que vous encourager à les lire dans l’ordre ! 😉

À l’instar du premier, je me suis retrouvée ensorcelée par la plume de Léa Silhol, même si les textes de ce second opus n’ont pas tout à fait la même saveur, ni les mêmes parfums, que ceux au sommaire du premier. Non qu’ils soient moins bons – bien au contraire – mais ils possèdent leur identité propre, malgré les liens qui les tissent aux textes du premier opus ; des émotions différentes. Allons donc pour un avis détaillé ! 🙂

Lumière noire était pour moi une relecture, ayant une l’occasion de lire ce texte lors de sa première parution en anthologie (une anthologie que ma bibliothèque municipale d’alors possédait). Malgré le côté doux-amer de ce texte, ce fut un plaisir de retrouver Camille et sa quête d’une mystérieuse lampe, une lampe fabriquée à Isenne. Isenne… nous voilà d’emblée replongés dans cette ville d’artisans, certes de façon détournée, par le biais de cet objet aux propriétés spéciales, mais tout de même. Une belle entrée en matière, fort bien titrée, pour le recueil !

Sfrixàda nous entraîne cette fois-ci directement en Isenne. Un habitant y conte, à une invitée prestigieuse que les lecteurs de La Sève et le givre reconnaîtront, une histoire qui fait suite à celle contée dans Litophanie (Sacra opus I). De quoi connaître la suite du destin des personnages principaux de cette nouvelle, tout en en découvrant un peu plus sur Isenne (comme ses heures et ses couleurs), voire même de froncer le nez en pensant apercevoir un lien ténu, glissé subtilement, avec une autre nouvelle d’un autre recueil (je crois que je vais finir par noter dans un carnet tous ses indices, pour mieux comprendre la trame :))

D’une Étoile à l’Autre est une version allongée de L’Étoile, au matin, parue dans Fovéa. Dans cette nouvelle version, le récit s’étend pour nous offrir la rencontre de personnages puissants, inhumains, à l’aube d’un profond changement du monde. Un texte enchanteur, qui ouvre autant de questions que d’univers, qui tisse (encore) des liens avec d’autres textes, notamment Magnificat (Sacra opus I). Un texte qui m’a bien plu, par ces différentes personnalités devisant ensemble, par toutes ces portes entrouvertes et la menace qui plane.

Béni soit l’Exil est présenté comme la version allongée de La faveur de la Nuit. Sous la forme d’un récit enchâssé, nous découvrons l’ascension et la chute d’un royaume, la conclusion d’un pacte et sa dissolution. Khazars et oneiroi sont les principaux sujets de cette nouvelle ensorcelante, avec toujours ce lien à Isenne, comme à d’autres récits de la même autrice. Un nouvel enchantement, que ce récit, que j’ai eu plaisir à redécouvrir sous ce nouveau format.

Nous arrivons cette fois à mon texte-chouchou de ce recueil ! Bien que j’ai apprécié tous les textes au sommaire, celui-ci m’a particulièrement plu et je l’ai même volontairement dégusté page après page, me forçant à ne pas aller trop vite pour bien en goûter chaque mot. Le Maître de Kodo nous entraîne dans le Japon contemporain, à Kyoto, où Hatsuyuki Izôkage a fait venir des fays pour sauver sa soeur du Grid. Izôkage, même nom de famille que l’un des personnages de Gold (Sacra opus I), et pour cause, il s’agit de la même famille. Des fays, comme dans le recueil Musiques de la Frontière – un personnage de taille est d’ailleurs mis en avant dans Le Maître de Kodo. Et enfin le Grid, un environnement virtuel que je me garderai bien d’essayer de décrire en une ligne, le Grid dans lequel est piégée la soeur d’Hatsuyuki. Entre féerie et virtuel, entre Japon traditionnel et fays américains, cette novella est un pur délice ! On y parle aussi de tatouage – ce qui n’a pas été sans me déplaire 🙂 – mais pas que. Comme souvent dans les récits de Léa Silhol, les personnages y sont entiers, sans aucune concession, mais là, dans ce récit, cela rend leur destin d’autant plus tragique.

Emblemata nous emmène au pied des Bouddhas de Bâmiâyn, ces gigantesques sculptures détruites en 2001 par les talibans. Sis en 1931, le récit conte la rencontre en un dessinateur franco-russe et un étrange personnage, qui lui enseigne le Sutra du Coeur. Ce texte, imprégné de la pensée bouddhiste, laisse à réfléchir.

Enfin le recueil s’achève avec The Passenger, courte nouvelle où l’on retrouve le narrateur de À travers la fumées (texte d’ouverture de Sacra opus I) alors qu’il est âgé et proche de rendre l’âme. La boucle est bouclée avec ce texte !

Pour résumer, Sacra opus II est un parfait pendant au premier opus – les textes s’y répondent, les secrets d’Isenne s’y dévoilent petit à petit, la Trame tissée par l’autrice se laisse entrevoir, de nouveaux liens sont tissés. Le format nouvelles et novellas m’a bien convenu – après tout, c’est par la nouvelle que j’ai commencé à lire Léa Silhol. Un fort beau diptyque que Sacra !

Édition Nitchevo Factory, 334 pages, 2016

4 commentaires sur « Sacra : parfums d’Isenne & d’ailleurs t. 2 : Nulle âme invincible »

  1. C’est avec plaisir que je lis ta double chronique sur les 2 vol. de Sacra, car j’avais envie de les lire. j’ai eu ces deux magnifiques tomes à Noël 🙂 J’ai commencé avec Vertigen et le Dit de Frontier, et je vais poursuivre avec Isenne. Et tout comme toi, j’aime énormément l’autrice, j’attends avec impatience ses livres, mais il y a un je ne sais quoi qui me retient toujours avant de m’y plonger. Peut-être la certitude que la plongée va être puissante et violente, un peu comme une descente de montagne russe 🙂
    En tout cas, merci pour ton retour, que j’ai aimé lire… et qui a ôté ma dernière (petite) hésitation à me lancer dans ce diptyque !

    1. Oh, chouette cadeau ! 🙂 Tu vas te régaler ! 🙂
      Comme toi, je mets toujours un certain temps entre deux livres. Il y a la raison que tu évoques mais, perso, je pense que c’est aussi parce que j’aime beaucoup les oeuvres de Léa Silhol, je sais qu’elle vont me remuer et me procurer un moment de lecture incroyable. Du coup, je veux préparer le moment de ma lecture, bien prendre le temps. (et puis j’ai une PAL monstrueuse, il faut bien que j’avance sur les autres livres aussi ! ^^ »).
      Et ravie que mon retour t’ai convaincue ! 🙂 Bonne lecture par avance !

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