Vert-de-Lierre, Louise Le Bars

Quatrième de couverture

Olivier Moreau, écrivain délaissé par la Muse, retourne dans le village de sa Grand-Mère, récemment décédée, pour mettre de l’ordre dans ses affaires comme dans son esprit. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, cet antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l’écrivain en mal d’imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l’une que l’autre.
À quel prix Olivier retrouvera-t-il sa muse ?

Mon avis

Vert-de-lierre traînait dans ma PAL depuis un peu trop longtemps, alors que je me doutais que j’adorerai la plume de Louise Le Bars, dont j’avais beaucoup aimé le conte jeunesse Le prince sans sourire. Et, en effet, j’ai dégusté ce court roman (pour adultes) en peu de temps ! 🙂

Nous voilà entraînés à la suite d’Olivier Moreau, écrivain à succès de polars et en mal d’inspiration. Il décide de se rendre dans le village de sa grand-mère, récemment disparue, en espérant que cette retraite de quinze jours lui redonnera l’étincelle créative perdue. Mais voilà qu’il apprend l’installation d’une Anglaise qui suscite bien des réactions. Une Anglaise qui va rapidement le fasciner, tout comme la légende de son enfance, celle du Lierreux…

Vert-de-lierre cache bien son jeu. C’est un roman court, à l’intrigue simple en apparence – j’ai deviné certaines révélations à l’avance – et pourtant, rien n’est plus trompeur ! Car le texte aborde, à la manière des cernes d’un tronc d’arbre, plusieurs thèmes. Pour tout vous dire, une fois refermée la dernière page, je me suis rendue compte que ces thématiques s’étaient déposées en moi comme des graines, et que des réflexions en germaient. Même des jours après ma lecture, j’y pensais encore.

La créativité si essentielle à l’artiste, qui se heurte aux ambitions commerciales ; la féminité libre, si souvent et malheureusement écrasée ; le sort affreux des femmes dites « hystériques » à une époque ; et bien d’autres thématiques affleurent ainsi. Des références aux Métamorphoses d’Ovide, à la figure du vampire (mais légère, vous ne trouverez pas de créature à canines ici), une ambiance gothique, et le végétal, triomphant, qui marque chaque page, jusque dans les en-tête de chapitre, avec sa bordure lierreuse… Autant d’éléments qui font de Vert-de-lierre un texte qui ne laisse pas indifférent !

Un roman bien plus riche qu’il n’y paraît au premier abord, porté par une plume délicate et poétique, et qui dévoile toute sa profondeur de façon subtile. Le personnage masculin s’efface progressivement, au profit d’un autre, féminin, laissant éclore toute une variété de thèmes liés à la femme et à sa place dans la société, qu’elle soit passée ou présente.

Le récit se construit avec, à l’intérieur, un autre récit enchâssé. Ce procédé m’a rappelé Le Moine de Matthew Gregory Lewis, où à un moment du récit, l’auteur avait intégré l’intégralité d’un texte lu par un personnage. Autant cela m’avait complètement coupée dans ma lecture dans Le Moine, autant dans Vert-de-Lierre, c’est très bien amené, et cela apporte de la profondeur à la réflexion sur la création artistique comme intrinsèquement liée à l’histoire personnelle. On a beau écrire de la fiction, on ne peut pas se défaire de soi, quand on pose des mots pour rédiger une histoire. Cette part sera peut-être infime, dans le texte final, mais toujours est-il qu’elle y sera.

J’ai beaucoup aimé la façon dont Vert-de-Lierre se posait à la croisée du fantastique, du gothique et de l’onirisme. Si la thématique de la nature sauvage et indomptée pouvait rappeler le roman Sous le lierre de Léa Silhol, les deux textes sont pourtant très différents, car Louise Le Bars se concentre sur la Nature dans son aspect poétique, mais aussi sans pitié. Une Nature aussi triomphante et renaissante que celle du printemps, mais qui peut se révéler mortelle. Un thème imbriqué à ceux de la création et du féminisme.

Pour résumer, Vert-de-Lierre est un roman qui ne dévoile pas tous ses trésors au premier abord. Il nous happe doucement dans son étreinte de lierre, jusqu’à ce que, la dernière page tournée, on se rende compte qu’il nous fait réfléchir sur bien des thèmes, abordés au fil du texte de façon subtile, mais frappante.

Éditions Noir d’Absinthe, 193 pages, 2019

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Cauchemarder, catégorie Terreur nocturne.

Retrouvez d’autres avis sur Vert-de-Lierre : Zoé prend la plume, Light and Smell, Vibration littéraire et L’imaginaerum de Symphonie.

6 commentaires sur « Vert-de-Lierre, Louise Le Bars »

  1. « Le récit se construit avec, à l’intérieur, un autre récit enchâssé. Ce procédé m’a rappelé Le Moine de Matthew Gregory Lewis, où à un moment du récit, l’auteur avait intégré l’intégralité d’un texte lu par un personnage. Autant cela m’avait complètement coupée dans ma lecture dans Le Moine » –> AH! Je suis en train – enfin non j’étais en train de lire ce bouquin, et Dieu que je me suis fait chier 😐 Ce passage m’a semblé tellement artificiel. bref, j’ai laissé tomber ce livre.

    merci pour le lien 🙂 tellement ravie que tu aies aimé ce roman ! Je n’en doutais pas trop cela dit 😉 Il a aussi généré chez moi beaucoup d’interrogations et de réflexions longtemps après. C’était un coup de foudre l’an dernier. D’autant plus rigolo que tu cites Sous le lierre, et que oui, ça fait beaucoup de Nature et de verdure et que ce roman faisait aussi partie de mes coups de foudre 2021 !

    1. Ah ça, le récit enchâssé m’avait complètement sortie… j’ai fini par opter pour la solution de le zapper et de reprendre l’intrigue principale en route, ainsi j’ai tout de même fini le livre.
      Oui, je ne doutais pas non plus que j’allais aimer ce livre ! 🙂 ça n’a pas été un coup de foudre franc, mais j’ai beaucoup aimé dans l’ensemble, on y était presque (au coup de foudre), et j’ai bien envie de le relire à l’occasion, pour mieux en goûter toutes les subtilités ! Et puis la plume de Louise est très belle, un régal ! 🙂

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