La cité diaphane, Anouck Faure

Quatrième de couverture

Merveille architecturale élancée vers le ciel, Roche-Étoile a connu la splendeur et la chute. La cité sainte de la déesse sans visage est maudite, réduite à l’état de nécropole brumeuse depuis que les eaux de son lac et de ses puits se sont changées en poison mortel.

Sept ans après le drame, l’archiviste d’un royaume voisin se rend dans la cité défunte avec pour mission de reconstituer le récit de ses derniers jours. Mais il s’avère bientôt que Roche-Étoile abrite encore quelques âmes, en proie à la souffrance ou à la folie, et celles-ci ne semblent guère disposées à livrer leur témoignage.

Un jeu de dupe commence alors entre l’archiviste et ces esprits égarés, dans les dédales d’une cité où la vérité ne se dessine qu’en clair-obscur, où dénouer la toile du passé peut devenir un piège cruel.

Mon avis

Je connaissais déjà Anouck Faure pour son travail d’artiste plasticienne. Elle a ainsi illustré la couverture de La nuit du faune et, sous le pseudonyme d’Amaryan, celles de Valadonne, La faune, Atalante, Hors caste, ou encore toutes les illustrations de Dremence. Un travail que j’admire, car Anouck révèle une maîtrise époustouflante de différents outils artistiques !

Elle avait déjà fait paraître trois livres en tant qu’autrice – un album jeunesse et deux livres d’art – mais c’est avec La Cité diaphane, à paraître le 3 février aux éditions Argyll, que je découvre sa plume. Et quelle plume !

Au vu de son talent artistique, je ne doutais pas qu’Anouck Faure possédait une plume aussi belle et maîtrisée que ses oeuvres. Cela s’est confirmé dès les premières pages. Le style d’Anouck est à la fois fluide et poétique, chaque mot est évocateur, nous immergeant dans l’histoire, et dans le même temps, résonne de façon harmonieuse avec les autres. Un chant des mots qui m’a envoûtée.

Nous marchons dans les pas de l’archiviste, qui s’en vient à Roche-Étoile pour compléter les archives de son seigneur en y détaillant ce qu’il a bien pu advenir, 7 ans plus tôt, lors d’une terrible catastrophe : le mal d’onde a empoisonné les eaux du lac d’où s’élève la Cité, tuant en quelques heures l’intégralité de sa population.

L’intégralité ? Que sont ces sons qui résonnent, dans la Cité, au coeur de la nuit ? Ne reste-t-il pas des âmes esseulées dans cette ville devenue tombeau ? L’archiviste, en tentant de percer les secrets de Roche-Étoile, risque bien de contempler des eaux plus noires encore que celles du lac…

La Cité Diaphane est un bijou noir. Il est un parfait mélange entre fantasy gothique et dark fantasy. Fantasy gothique, parce que le sujet central du roman est bien Roche-Étoile, cité aux origines mythiques, à l’architecture qui ne rougirait pas de la comparaison avec des cathédrales aussi grandioses que tarabiscotées ; cité où est révérée la déesse sans visage, dont les statues voilées évoquent là aussi le mouvement gothique ; cité qui cache bien des secrets, dont le moindre n’est pas celui qui est la cause du mal d’onde – et là encore, on est dans le gothique.

Dark fantasy, parce que La Cité diaphane est un roman à l’ambiance sombre. Les ténèbres semblent jeter un voile partout – même les scènes se déroulant en plein jour paraissent nimbées de nuit. Le givre et la neige rajoutent à l’atmosphère vide, mortifère, qui imprègne la ville morte. Les personnages eux-mêmes ne sont pas en reste : ils sont loin d’être innocents, et possèdent toutes les nuances du gris sur le spectre de l’immoralité.

Parlons-en des personnages ! Merveilleusement bien construits – et je souligne, à nouveau, l’intelligence de la plume, qui pose ici et là de subtils indices, nous indiquant que la vérité reste encore hors de portée. Pour l’heure… Un mystère savamment entretenu et délicatement effeuillé, au point que j’ai terminé le roman tard le soir, incapable de lâcher l’ouvrage, désireuse de tout savoir, à l’image d’un des personnages.

Un jeu de dupes se tisse entre les quelques âmes croisées par l’archiviste qui nous narre l’histoire, et l’archiviste en question. À mesure que l’on progresse dans le roman, les masques se fissurent, les secrets se dévoilent peu à peu. À mesure que l’on s’enfonce dans la cité, son coeur corrompu se déploie dans toute son horreur, et nous voulons tellement creuser, encore et encore, pour lever ses mystères, que nous la contemplons dans un mélange de répulsion et de fascination.

Je parle d’horreur, mais nous ne sommes pas là dans un roman horrifique – Anouck nous emmène par la main dans les profondeurs obscures des âmes comme de sa Cité, en douceur. La noirceur s’accentue ainsi par degrés, permettant un voyage supportable, même s’il possède des allures de descentes aux Enfers que n’aurait pas renié Dante.

Enfin, pour parachever la beauté de l’oeuvre écrite, La Cité diaphane s’orne de neuf gravures en noir et blanc réalisées par l’autrice, qui magnifient le texte, et est publiée sous une superbe couverture de Xavier Collette.

Pour un premier roman, c’est brillant ! Brillant, avec de multiples facettes, tel un diamant noir. Un roman à la plume flamboyante, aussi sombre que fascinant. Un roman qui prouve que peu importe l’outil qu’elle a entre les mains, plume ou crayon, pointe sèche ou lame de rasoir, Anouck Faure crée des oeuvres aussi magnifiques qu’inoubliables.

La Cité diaphane est ainsi mon dernier coup de coeur pour l’année 2022, sans aucun conteste !

Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse, merci aux éditions Argyll pour leur confiance ! Il est actuellement en pré-commande.

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Cold Winter Challenge, menu Hiver sombre, catégorie Nuit du solstice.

Éditions Argyll, 2023, 261 pages

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9 commentaires sur « La cité diaphane, Anouck Faure »

    1. c’est un excellent roman, franchement, fonce dès qu’il sera disponible, il vaut le voyage ! (bon c’est sombre, mais c’est si bien écrit !)

  1. Tellement hâte de m’y plonger, je fais durer l’attente pour rapprocher sa lecture de sa date de sortie mais je ne vais pas pouvoir patienter encore longtemps tant cet avis me donne envie.

    1. je te comprends ! pour ma part, je n’ai pas pu attendre ^^ » (en plus je l’ai lu après des lectures décevantes, alors je te dis pas mon plaisir quand j’ai plongé dans les premières pages – retrouver un roman si prenant et si bien écrit, ça m’a fait du bien ! :))

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